Bilan spectacles (3) : Dix shows francophones mémorables

Yann Perreau, génial et impérial. Photo d'archives. Courtoisie Pascal Ratthé.

On a beaucoup parlé de français cette année. Parfois, de l’absence de… De sa mise à mal, de sa difficulté de s’imposer en milieu de travail, de son affichage et de son non respect par des radios (montages anglophones) et par un club de hockey qui embauche un entraîneur unilingue. Heureusement, il nous reste la musique.

Par Philippe Rezzonico

Et de la bonne musique francophone, il y en a. J’admets que je me tiens assez loin de celle qui est trop formatée à mon goût pour les ondes radiophoniques – comme pour l’anglophone, d’ailleurs – , mais il en reste encore à satiété pour ceux qui aiment savourer cette langue en mode vocal.

Les 50 ans de Vigneault au Gèsu, l’intégrale de Jaune livrée par Ferland, les FrancoFolies – en partie dans le froid et sous la flotte  – , les 25 ans du Coup de cœur francophone, Montréal en lumière, les innombrables rentrées : ce ne sont pas les occasions qui ont manqué de consommer de la musique francophone en 2011.

Comme toujours, on a raté un ou deux gros joueurs en cours d’année et il y a des tas de formidables spectacles qu’on ne peut retenir dans une si courte liste. Mais ce n’est pas si grave, quand ceux que tu retiens sont du calibre de ceux-là.

1 – Yann Perreau solo, 15 juin (Club Soda) : Ce soir-là, Yann s’est pointé sur scène uniquement vêtu d’un slip, avec une tronçonneuse (?) à la main. Puis, il s’est habillé devant nous, a allumé des chandelles et il s’est installé devant son piano placé au parterre sur lequel il s’est assis, couché et vautré durant le spectacle. Il a chanté, dansé et offert des poèmes. Il a fait rire et ému tout le monde. Bref, il a mis tous ceux qui étaient là dans sa petite poche, comme il le fait toujours. On sait qu’il est la meilleure bête de scène québécoise du XXIe siècle, mais le génie de la mise en scène était aussi au rendez-vous. Intouchable performance.

Yann aura fait corps à corps avec son piano. Photo d'archives. Courtoisie Pascal Ratthé.

2 – Vanessa Paradis, 19 février (Wilfrid-Pelletier) : Quand Vanessa Paradis a interprété Le Temps de l’amour avec des pas de danse et une gestuelle qui frisaient la danse lascive, je salivais. Je n’étais pas le seul. Ma copine venait de dire qu’elle voulait un jeans serré comme elle. Occupant tout l’espace physique, chantant avec une assurance étonnante, Vanessa nous a mené au Paradis dans ce spectacle où tous ses classiques trouvaient un nouveau souffle, gracieuseté des arrangements splendides d’Albin de la Simone. Un pur ravissement.

Vanessa Paradis a été envoûtante pour son premier passage à Montréal en une décennie. Photo d'archives. Courtoisie Catherine Lefebvre.

3 – Galaxie, 5 novembre (Club Soda) : Certains ont fait le constat au début de l’été, durant les FrancoFolies. D’autres, à l’automne, lors du Coup de cœur francophone. Le verdict fut le même. Armé des compositions de leur plus récent disque Tigre et Diesel, Olivier Langevin et ses potes de Galaxie forment le meilleur groupe hard rock francophone au Québec. Ce show-là, comme les autres livrés durant l’année était de l’ordre de la déflagration.

Olivier Langevin et ses collègues de Galaxie: déflagration garantie. Photo Coup de coeur/Jean-François Leblanc.

4 – Karkwa, 17 décembre (Métropolis) : En comptant les performances vues à Toronto pour le Polaris et les Junos, celle diffusée en direct de Paris sur le web pour Le Québec prend la Bastille, le doublé avec Arcade Fire et tous les shows à Montréal, j’ai bien vu Karkwa sept fois depuis 18 mois. Je pourrais probablement insérer n’importe quelle prestation dans ce classement tant ce groupe est soudé comme pas un. Je mets la plus récente, simplement parce que c’est celle qui a été gravée pour la postérité.

5 – Pierre Lapointe solo, 11 juin (Wilfrid-Pelletier) : Il était la « première partie » du projet spécial d’Étienne Daho et Jeanne Moreau. Il aura volé le show. Pas sûr d’avoir vu Pierre Lapointe si souverain et si intense au piano dans sa carrière. C’était presque l’intégralité de son show solo – il a fait plus d’un heure – , mais pas au Lion d’Or. Pas grave. Attention totale de la foule, même au balcon de la grande Wilfrid.

Pierre Lapointe: un homme et son piano. Photo d'archives. Courtoisie Catherine Lefebvre.

6 – Marie-Jo Thério et Richard Desjardins, 9 novembre (L’Astral) : C’était le spectacle-phare des 25 ans du Coup de cœur francophone avec un duo de fidèles à jamais liés à l’événement. Marie-Jo son piano, son intériorité, son univers déluré et son grain de folie. Richard, sa guitare, son franc-parler, son terroir et ses dénonciations. Musique qui va droit au cœur, propos pertinents et émotions fortes.

Marie-Jo Thério et son univers déluré. Brillant. Photo Coup de coeur/Jean-François Leblanc.

7 – Les Cowboys fringants, 10 décembre (Chez Maurice) : On avait trop hâte d’entendre sur les planches les nouvelles chansons de l’album Que du vent. Petit périple à Saint-Lazare, donc. En feu, les Cowboys, comme s’ils n’avaient pas joué depuis cinq ans ! Ça tombait bien, le bar Chez Maurice était rempli de gens qui semblaient ne pas les avoir vus depuis cinq ans. Cette tournée va tout ravager sur son passage. Si vous n’allez pas les voir quelque part au Québec dans les prochaines semaines, la rentrée montréalaise est prévue à La Tulipe, les 1er et 2 mars. Party.

Les Cowboys fringants, déjà, le feu! Photo d'archives. Courtoisie Pierre-Luc Daoust.

8 – Laurence Hélie, 30 novembre (Sala Rossa) : Laurence Hélie a fait monter tellement de monde sur scène pour jouer avec elle lors de cette rentrée chaleureuse, qu’on se pensait à un spectacle collectif du clan McGarrigle-Wainwright. Une véritable communauté qui livrait des offrandes ciselées à la guitare slide, au ukulélé et à une foule d’instruments aussi organiques que la musique de la lauréate d’un Félix. Splendide.

9 – Philippe B, 11 novembre (L’Astral) : Dire que l’on a hâte d’entendre Philippe B nous interpréter en totalité les compositions de son album Variations fantômes avec un quatuor à cordes en février tient de l’euphémisme, surtout après avoir vu une partie de ce qui nous attend dans le cadre de ce spectacle digne du recueillement sonore. Captivant.

Philippe B ou comment bâtir une ambiance. Photo Coup de coeur/Jean-François Leblanc.

10 – Les Breastefeeders, 15 juin (L’Astral) : Quand Sunny a poussé Joe qui est tombé cul par-dessus tête en bas de la scène dès la deuxième chanson, on savait qu’on allait en prendre plein la gueule. Logique. C’est la tournée du disque Dans la gueule des jours. Rock, thrash, punk ou garage, la bande à Luc Brien ne fait jamais dans la dentelle et c’est tout à fait indiqué quand le show s’amorce après 23 heures.