FIJM 2015: Vijay Iver, pianiste cohérent et hors-normes

À son entrée sur la scène de la salle Ludger-Duvernay du Monument National, mercredi, le pianiste Vijay Iyer, grâces lui en soient faites, ne nous a pas souhaité une bonne Canada Day, mais a plutôt fort bien résumé la quintessence du jazz.

Par François Vézina

« (Ce soir), vous entendrez des nouvelles pièces, vous entendrez des anciennes pièces, vous entendrez des choses que nous n’avons jamais encore entendues », a-t-il lancé aux spectateurs.

Il aurait aussi pu nous prévenir, Maître Iyer: ce soir, vous entendrez des choses belles, aventureuses, inouïes… La modestie, sans doute.

L’aventure, on y court dès le premier morceau: une grande suite, composée de pièces du dernier album (Hood, Work) ou des précédents (Little Pocket Side Demons) au cours de laquelle le trio donne le ton de la soirée, la clé pour rentrer dans un univers riche, dense et touffu.

Vijay Iyer ne joue pas de la musique à numéros. On ne peut pas dire qu’il est un surdoué du thème. Le pianiste préfère tisser sa toile, se fondant sur un motif rythmique ou sur un ostinato obstiné pour lancer une improvisation. Ses développements bien intégrés à l’architecture patiemment élaborée par le groupe sont sources d’une formidable énergie.

Son imagination féconde lui permet d’entrevoir les ramifications possibles de ses interventions, les diverses variations. Il s’y engouffre, il s’y terre. Jusqu’à quel point ses études universitaires en mathématiques et en physique (à l’instar du journalisme, la science mène à tout, pourvu qu’on en sorte) l’aident-il dans ses démarches ?

Si Iyer s’amuse avec les teintes, les timbres, les tempos, il n’hésite pas à favoriser les montées en puissance, les crescendo pour nourrir la tension. Il évite les pièges, refusant de citer à tous vents ses illustres prédécesseurs.

Le pianiste peut compter sur des complices de grands talents pour l’accompagner, se nourrissant des rythmes urbains et modernes, des brusques coups de tonnerre et des subtiles variations de tempos de Tyshawn Sorey ainsi que des contrepoints éclairants du contrebassiste Stephan Crump.

Malgré les nombreuses prises de risque, la cohésion entre les trois membres du trio est grande. On ne se noie pas dans ce maelström tant formel qu’émotionnel.

Ce concert de Vijay Iyer et de ses compagnons nous rappelle une autre grande vérité sur le jazz. Celui-ci est avant tout une musique de l’instantanéité! Le passé? C’est de l’histoire ancienne! L’avenir? On verra! Seuls comptent la note qui se joue, l’accord et le motif rythmique qui l’appuient à la seconde même.

Musique de l’instantanéité certes, mais aussi – curieux paradoxe – musique du souvenir, comme le démontra le pianiste en interprétant, au deuxième rappel*, une émouvante composition dédiée à un de ses amis décédé il n’y a même pas deux mois.

*Un deuxième rappel lors d’un concert au FIJM: diantre! Je n’avais pas entendu ça depuis Wayne Shorter au Saint-Denis en… 1986.