Gorillaz : grooves, animation et conscience sociale

Facebook Gorillaz-Deholm Hewlet

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La foule hurlait à pleins poumons dans le Centre Bell, mardi soir, quand Damon Albarn s’est approché au-devant de la scène pour prendre la parole : « Il y a près de dix ans, on lançait Plastic Beach. Ce n’était pas très à la mode de parler de recyclage et de réchauffement de la planète. Cela semble pas mal plus urgent aujourd’hui, n’est-ce pas? »

Par Philippe Rezzonico

Et sous la clameur des 9000 spectateurs présents – dont quelques-uns avaient visiblement pris acte du terrifiant rapport du GIEC portant sur l’environnement -, Gorillaz a interprété la chanson de l’album du même nom pendant que des extraits de presque tous les vidéos présentés dans le concert jusque-là – et de nouvelles images – défilaient sur les écrans.

D’une certaine façon, ce moment venait résumer l’essentiel de la prestation du collectif du Britannique : Gorillaz, créé par Albarn et Jamie Hewlett, est bien plus qu’un véhicule musical original qui repose en bonne partie sur l’animation de personnages fictifs. Ce groupe est champion quand vient le temps de passer ses messages.

Cela avait commencé dès l’entrée en scène d’Albarn et de ses musiciens et choristes (une douzaine) quand un « HELLO » avec des lettres rouges de 30 pieds de haut est apparu sur des écrans, clin d’oeil au clip de la chanson M1A1, tirée de leur premier disque de 2001.

Tout au long de la soirée, des slogans ou commentaires ont suivi, présentés de la même façon. Certains rigolos, d’autres, qui portent à réflexion : (plus de licornes, Vous devez garder la foi, l’intelligence est artificielle et Big Brother surveille Youtube).

Parfois, c’est par l’entremise d’images que Gorillaz fait connaître son incompréhension du monde qui nous entoure, la violence qui nous guette et ces craintes environnementales. Sur cet aspect, les clips de Every Planet We Reach Is Dead, Kids with Guns et El Manana sont sans équivoque.

Écran ou scène?

Un enjeu lors d’un concert de Gorillaz, c’est de savoir où regarder : l’écran animé par les projections, clips, images et montages mettant en vedette les virtuels 2D, Murdoc, Noodle et Russell, où les vrais musiciens? Si tu regardes trop l’écran, la clameur de la foule vient de rappeler que Albarn a quitté la scène pour se payer une saucette dans la foule durant 19-2000. Message à Damon : en 2018, l’utilisation d’un micro sans fil est nettement plus indiquée lorsque tu décides de te rendre au milieu du parterre du Centre Bell…

Mais si tu observes uniquement les musiciens, tu risques de rater l’une des nombreuses apparitions de vedettes de la musique ou du cinéma. Ainsi, on a droit à la participation de Jack Black pour le clip d’accompagnement de Humility, l’une des nouvelles chansons du disque The Now Now, paru cet été. Filmé à Venice Beach, ce clip est fort réussi. Tout autant que le clip poursuite de Stylo, avec Bruce Willis, l’un des moments forts de la soirée. L’incontournable Snoop Dogg est aussi – virtuellement – de la fête durant Hollywood, pendant que Jamie Principle, en chair et en voix, se démène sur scène.

C’est l’autre aspect incontournable des concerts de Gorillaz : les collaborations de copains qui ont participé aux enregistrements du passé ou du plus récent album. Hier, en trois dimensions, nous avions droit à Principle (Hollywood), Peven Everett, déchaîné, pour Stobelite – qui sonnait comme une toune de Chic – et Stylo, Bootie Brown (Dirty Harry, Stylo), et les gars de De la Soul (Posdnous et Maseo) pour Superfast Jellyfish et Feel Good Inc., qui ont mis le feu.

C’est d’ailleurs durant ces participations que le funk, la soul, le rap et les grooves irrésistibles ont pris le dessus et transformé le concert en brûlot. Il faut dire que la soirée d’hier était quelque peu déficitaire en regard du concert offert par Gorillaz au Centre Bell, le 3 octobre 2010.

La première fois que l’on voit Gorillaz sur scène, on est jeté sur le cul par la combinaison production-scène. Mais depuis huit ans, on a vu des productions (Katy Perry, Lady Gaga, Pink, Madonna) où l’intégration des images – de meilleure qualité – est encore plus poussée que celles de Gorillaz. Je suis convaincu que les spectateurs qui n’avaient jamais vus le groupe avant hier sont ressortis du Centre Bell plus ébahis que ceux qui les avaient vus à Montréal en 2010 où à Québec, sur les Plaines, l’été dernier.

Et si Albarn était en voix et avait vraiment le goût d’être là – contagieux, son attitude -, la composition de son groupe ne l’avantageait pas. En 2010, les légendaires Mick Jones et Paul Simonon, des Clash, étaient à ses côtés. Des gars dans la mi-cinquantaine à ce moment. Albarn, le chanteur-fondateur du groupe Brit-Pop Blur dans les années 1990, avait 42 ans à l’époque.

Hier, avec le guitariste Jeff Wootton (jeune trentaine, qui venait d’arriver en 2010) et Seye Adelekan (jeune vingtaine), qui sautaient partout sur scène autour de lui, Albarn affichait un tantinet le poids de ses 50 ans.

Des bémols, finalement, quand on voyait le plaisir avec lequel la foule a dansé et chanté durant Clint Eastwood au rappel, probablement la chanson la plus connue de Gorillaz, même pour ceux qui ne sont pas familiers avec le groupe.

Cela dit, la prestation de deux heures où le plaisir de la musique, les rythmes irrésistibles et la conscience sociale ont partagé la vedette a peut-être fait de nouveaux adeptes.

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