John Fogerty: le rocker à la fougue éternelle

John Fogerty: une énergie, des chansons et une attitude empreinte de fouge. Photo courtoisie Lacce Benda

John Fogerty: une énergie, des chansons et une attitude empreinte de fougue. Photo courtoisie Lacce Benda

« Those were the best days of my life » chante Bryan Adams, dans Summer of 69. Dans les faits, la phrase s’avère plus fondée quand on parle de John Fogerty. L’été… Que dis-je… l’année 1969 a bien été celle du leader de Creedence Clearwater Revival. Et peut-être 1970, aussi, comme on l’a constaté, mardi soir, au Centre Bell.

Par Philippe Rezzonico

Du 5 janvier 1969 au 7 décembre 1970, CCR a mis en marché 5 albums (Bayou Country, Green River, Willy and the Poor Boys, Cosmo’s Factory, Pendulum) qui ont fait l’histoire :  une production effrénée d’une qualité renversante. Plus de 45 ans plus tard, les deux-tiers des chansons interprétées au Centre Bell étaient tirées de ces albums.

Et ce qui est formidable, c’est que Fogerty, âgé désormais de 71 ans, les interprète avec le plaisir qu’aurait un gamin de 17 ans. Nous ne sommes pas très loin du cas de figure, d’ailleurs, car le fils de John, Shane, récent diplômé de l’école de musique Thornton de l’Université Southern California (USC) joue encore à ses côtés, comme nous l’avions vu une première fois en 2007, à la salle Wilfrid-Pelletier.

Shane avait alors 16 ans. Il en a 9 de plus et son jeu à la six cordes électrique s’est évidemment affiné. Il fallait le voir échanger les solos de guitare avec le paternel durant The Old Man Down The Road. C’était torride. Le « vieil » homme est encore capable de nous sortir des solos d’une précision remarquable, mais il semblait plus fouetté de jamais que de jouer avec son fils.

Il est comme ça Fogerty. Une boule d’énergie. Il sautille encore très souvent durant les chansons, les concluant toujours avec son petit bond caractéristique. Et il a le tempérament qui va bien avec les chansons de CCR : fougueux.

Parfois, c’est même un peu trop. Comme on l’a noté lors de ses visites au cours des ans (la 4e depuis 2007), le coup d’envoi de ses concerts est supersonique : Travelin’ Band (avec des petit problèmes de micro), Green River et Born On the Bayou ont déferlé comme un tsunami sur les 5 620 spectateurs présents, avant que Who’ll Stop the Rain, intense, mais au tempo plus lent, permette à tout le monde de rattraper le train en marche.

Dès lors, Forgerty et ses musiciens ont continué d’aligner les succès, mais en modifiant l’approche. Ramble Tamble, I’ve Heard Through the Grapevine, Keep On Chooglin’ et Lodi ont permis aux musiciens (Bon Malone au piano, Kenny Aronoff à la batterie, James Lomenzo à la basse) de briller durant des solos.

Joy of My Life, la « première chanson d’amour » que Fogerty a écrit à sa femme, fut le moment tendre du spectacle, tandis que Midnight Special, Centerfield et Have You Ever Seen the Rain ont permis aux spectateurs de chanter à plein poumons.

À travers ces variantes, Fogerty peut nous livrer un solo de guitare dans la tonalité de ceux de James Burton pour Lookin’ Out My Back Door, ou nous surprendre en interprétant New Orleans, de Gary U.S. Bonds.

Pourtant, il n’est pas obliger de piger dans les répertoires de ses amis, tant il a de succès. Voir Fogerty, c’est comme aller voir Elton John, Bob Seger ou Billy Joel. Un succès est remplacé par un succès, une chanson qui a fait époque ou une bombe radiophonique du temps que les radios FM jouaient du rock.

Quand tu peux boucler un spectacle avec la politisée – et toujours d’actualité – Fortunate Son, Bad Moon Rising et Proud Mary,  c’est ce qu’on appelle avoir du gros calibre sous la main.

Mais hier, c’est Fogerty lui-même qui m’a conquis. La bouille est la même que jadis. L’esprit est le même. Le dos, lui, est à peine plus vouté.

Nous sommes souvent étonnés de la forme d’un Mick Jagger ou d’un Paul McCartney, largement au-dessus des 70 ans. Il faudrait peut-être songer à nommer plus souvent le nom de Fogerty parmi ces grands dont la fougue et le plaisir à être sur scène n’a d’égal que le nombre insensé d’immortelles qu’il a composées.