L et Philippe B : recueillement sonore

La Française L donnait un tout premier spectacle à Montréal dans le cadre du Coup de coeur francophone. Photo Jean-François Leblanc/Coup de coeur

Philippe B, ou comment se créer une bulle avec trois fois rien. Photo Jean-François Leblanc/Coup de coeur

Française ou québécoise, la chanson à texte possède une capacité de séduction indéniable. Et quand elle est offerte comme l’ont proposé Philippe B et L, vendredi, dans le cadre du Coup de cœur francophone, ça élève une salle comme L’Astral au niveau d’un studio d’enregistrement.

Par Philippe Rezzonico

On a beau se dire qu’un set comme celui de Philippe B offert en mode voix-guitare-harmonica incite forcément à une qualité d’écoute sérieuse, l’histoire a prouvé que bien des foules sont bavardes. Il allait de soi qu’on allait vouloir mesurer la finesse de la plume de la Française, lauréate du prix Félix-Leclerc aux FrancoFolies de La Rochelle 2011, mais de là à s’attendre à une telle attention… Et pourtant. Nous étions très souvent dans l’équivalent d’un recueillement sonore.

Tant mieux. Nous avions pratiquement l’impression de voir naître les chansons des deux artistes devant nous, comme si nous avions été là lors de l’enregistrement de leurs titres respectifs. Et ce n’était pas qu’une impression.

Le « verbo-moteur » Philippe B, dont il s’agissait de la rentrée de son album Variations fantômes, a pris le temps d’expliquer le pourquoi du comment, qu’il s’agisse d’une récente composition ou d’un titre de ses précédents albums. L, mieux connue de ses parents du nom de Raphaële Lannadère, s’est « présentée » par l’entremise de sa chanson Initiale, mais a donné moult détails quant à la genèse de sa jeune oeuvre.

La bulle de Philippe

Tant pour l’un que l’autre, la salle bondée pouvait savourer le poids des mots et la moindre inflexion sonore. Excellent guitariste, Philippe B, entouré de tableaux illuminés afin d’être dans sa bulle, a livré un set minimaliste dont trop peu de ses nouvelles chansons ont été appuyées par des échantillonnages de musique classique.

Philippe B, dextérité dans une livraison majoritairement folk. Photo Jean-François Leblanc/Coup de coeur.

De l’écho et des échantillonnages pour Hypnagogie, ainsi que pour L’amour est un fantôme, la plue « lente  » de ses chansons lentes, qui repose sur un mouvement de L’hiver des Quatre saisons de Vivaldi. On se met à saliver depuis qu’il a annoncé qu’il jouera le disque au grand complet, avec section de cordes, en février 2012…

Mais nous étions quand même repus d’entendre sa Marie nappée d’harmonica, de le voir « se mettre en danger » au piano qui attendait le groupe de L pour Croix de chemin, et de l’entendre parler des « restes » de sa California Girl.

Le charme de L

Si Philippe B a l’allure d’un étudiant de sciences politiques, L, grande et longiligne, a conservé son look d’adolescente qu’elle n’est plus. Charmante, elle salue avec de courtes génuflexions et nous entraîne dans son univers où la chanson française oscille entre classicisme et textures contemporaines.

Château rouge semble provenir des années 1940, Jalouse baigne dans les sonorités sixties yé-yé, et Mes lèvres « mortes à minuit » ou « mortes d’ivresse » se veut actuelle.

L sait fusionner le passé et le présent de la chanson française. Photo Jean-François Leblanc/Coup de coeur

Avec un ensemble comprenant piano, basse, guitare, claviers et violoncelle, L se donne les moyens de ses ambitions. Si pop soit-elle, certaines structures ne font pas dans la facilité. On pense ici à Romance et série noire ainsi qu’à Cléo rêve.

Parfois, la chanteuse épure en mode claviers/voix (Mr. Stanley) ou claviers/voix/violoncelle (Mescaline). On reste sous le charme. A bien des égards, ce qu’elle nous a offert faisait bigrement penser à du Camille première période. La Camille douce du temps du Sac des filles. Pas celle de Hole.

L notait dans des entrevues qui ont précédé sa venue qu’elle avait amenuisé l’aspect théâtral sur scène, puisqu’il masquait l’essentiel. Pas sûr que nous n’aurions pas pris plus mordant sur les planches. Le trac, on comprend. Mais on sentait aussi une certaine gêne de l’artiste malgré un sourire permanent et des remerciements sur la gentillesse des québécois qui n’étaient pas feints.

Ça sera pour la prochaine fois. Maintenant que le contact est établi, parions qu’elle reviendra sous peu.

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