Les immortelles de Brian Wilson pour réchauffer le cœur et l’âme

Brian Wilson et Al Jardine et les succès des Beach Boys ont réchauffé le public montréalais. Photo Facebook Brian Wilson

Rob Bonfiglio, Brian Wilson et Al Jardine et les succès des Beach Boys ont réchauffé le public montréalais. Photo Facebook Brian Wilson

Que fait-on quand on vient de vivre le 22 novembre le plus froid de mémoire d’homme au Québec? Tu te diriges vers l’aéroport afin de t’envoler dans le sud. Et si c’est impossible, tu te diriges au théâtre St-Denis pour entendre Brian Wilson, Al Jardine et Blondie Chaplin interpréter le répertoire immortel des Beach Boys.

Par Philippe Rezzonico

Disons que le mercure digne d’un 22 janvier a pesé lourd dans cette affaire. Il y a 48 heures, je n’avais aucune intention de me présenter à ce concert. Primo, car tout le monde croyait que le passage de Wilson et de ses collègues il y a deux ans était bel et bien le dernier. A 74 ans, ce génie fragile qu’est Brian Wilson avait bien mérité de se reposer.

Deuxio, les dernières minutes de ce concert de 2016 lors du Festival de jazz avaient été pénibles pour Wilson au plan vocal. Faillait-il risquer de gâcher de beaux souvenirs en ans plus tard? Surtout après les fabuleux concerts thématiques (Gershwin, Pet Sounds, Smile) des dernières décennies? Pas sûr que j’aurais pris le risque si le mercure polaire ne m’avait pas donné l’envie de me réchauffer au son des mélodies fabuleuses et de la musique soleil des garçons de plage.

Remarquez, quand j’ai vu Wilson s’installer difficilement derrière son piano avec l’aide d’une assistante, tant il a du mal à marcher, je me suis dit que j’avais fait le mauvais choix. Sentiment qui s’est dissipé dès les premières mesures de California Girls.

Tous pour Brian

Bien sûr, Wilson a désormais la voix d’un homme de 76 ans dont le timbre a perdu son lustre. Mais il a 11 musiciens, chanteurs, choristes et instrumentistes autour de lui pour le seconder. Ainsi, le leader des Beach Boys ne se charge plus des refrains aux harmonies imparables. Ces collègues s’en chargent fort bien.

Et si Brian est le soliste désigné pour Dance Dance Dance, I Get Around et plein d’autres tubes, c’est Al Jardine – dans une forme exemplaire à 76 ans – qui interprète Shut Down, Little Deuce Coupe et une poignée d’autres succès, tandis que Blondie Chaplin s’acquitte de cette tâche pour Feel Flows, Wild Honey et Sail On Sailor, dans ce que l’on pourrait désigner comme étant le segment psychédélique de la soirée.

Et quand on ne peut vraiment pas faire autrement, c’est le formidable claviériste Darian Sahanaja – qui est avec Wilson depuis son retour sur scène il y a un peu plus de 20 ans – qui se charge de Darlin’. Ou encore Rob Bonfiglio, le mari de Carnie Wilson, la fille de Brian, qui livre une impeccable version de Don’t Worry Baby.

Arrangements somptueux

Avec toutes ces voix à ses côtés et ses musiciens de talent qui peuvent recréer à la perfection les arrangements somptueux des chansons, Wilson est magnifiquement encadré et le spectateur n’est pas déficitaire une seconde, sinon, peut-être quant au nombre de chansons proposées.

Le groupe alterne ces temps-ci entre le spectacle du 50e anniversaire de Pet Sounds – que nous avons déjà vu à Montréal – et le spectacle de grands succès présenté hier. Objectivement, toutes les essentielles y sont, mais il y a plus de titres et plus de chansons rarement entendues dans le spectacle Pet Sounds.

N’empêche, un trio d’immortelles de Pet Sounds y était, et groupé, en plus : Wouldn’t It Be Nice (Wilson et Bonfiglio), Sloop John B (Jardine) et God Only Knows (Wilson) ont été saluées par une ovation debout. Même Wilson, souvent impassible derrière son clavier, avait l’air ému. Et nous aussi, par ricochet. L’écoute de ces chansons nous rappelle chaque fois la portée du génie musical de Wilson.

Il ne restait qu’à aligner d’autres immortelles (Good Vibrations, Help Me Rhonda, Barbara Ann, Surfin U.S.A., Fun Fun Fun) pour transformer la salle en piste de dance où il ne manquait que la plage, finalement.

Lorsque Wilson a bouclé la boucle avec l’émouvante Love and Mercy avec tous ses collègues qui se chargeaient des harmonies, en définitive, je me suis dit que j’avais bien fait de changer d’avis. Si, cette fois, cette tournée est bel et bien la dernière, elle n’aura pas été de trop.