Marie-Élaine Thibert à rabais

J’ai lu trois fois le courriel avant de réaliser que ce n’était pas une blague. « Marie-Élaine Thibert : Rabais à 50 pour cent. » Des soldes pour des billets afin d’assister à un spectacle de Marie-Élaine Thibert ? Cette Marie-Élaine-là ? Celle de Star Académie ? Diantre ! Pensais jamais voir ça.

Par Philippe Rezzonico

Le courriel en question, c’est celui envoyé par la billetterie de la Place des Arts aux abonnés, vendredi, relativement au spectacle que présentera la chanteuse au théâtre Maisonneuve le 8 février. Depuis le 13 janvier, les billets pour assister à cette performance sont vendus 50 pour cent moins cher, peu importe la localisation du siège dans la salle.

Un show de Marie-Élaine Thibert, ça se vent en trois minutes, non ? Deux ou trois heures, tout au plus… Une journée, max. On parle ici d’une artiste qui a vendu plus d’un demi-million de disques depuis ses débuts à la télévision privée en 2003, qui s’est offert le Centre Bell (un DVD relate l’événement) et des tas de théâtre St-Denis (3000 places) bien remplis. Le théâtre Maisonneuve, c’est uniquement 1400 sièges.

Vérification faite, ce rabais a des allures de vente de feu à moins d’un mois du spectacle. Dites-vous qu’aucun promoteur, qu’aucun responsable de la gérance d’une salle de spectacle ne va couper les prix sur des billets qui s’envolent comme des petits pains chauds. Règle d’or du commerce : tu ne sabres jamais ta marge de profit quand tu n’es pas forcé de le faire. Mais là…

Vendredi, quand on commandait une paire de billets de première catégorie (43, 74 $, frais de service inclus) sur le site web de la PdA, on nous offrait des billets au parterre dans la rangée F. Rangée F ?! C’est la neuvième des 22 rangées du parterre (il y a trois rangées doubles lettres). Il faut savoir que la machine offre toujours la paire disponible la plus rapprochée de la scène. Comprendre, environ la moitié du parterre de quelque 800 places n’avait pas trouvé preneur…

Et quand on voulait acheter un billet de deuxième catégorie (41, 99 $), on offrait les deux meilleurs sièges de la corbeille (C1 et C3). Or, la deuxième catégorie (qui comprend corbeille et balcon), elle s’amorce à la rangée C de la corbeille. Il n’y avait probablement aucun billet vendu dans ces sections et rangées à ce moment. Dimanche soir, rabais oblige, on en était au milieu du parterre, à la rangée L… et toujours à la rangée C à la corbeille.

Salles bondées
Oui, les temps sont durs. En culture comme ailleurs. Mais on voit plein d’artistes francophones qui remplissent leurs salles à profusion ces temps-ci. Que l’on pense aux Cowboys fringants, Vincent Vallières, Marie-Mai, Ariane Moffatt, Pierre Lapointe, Malajube, Maxime Landry, Karkwa, etc..

La morosité économique globale et le marché du disque chancelant n’expliquent pas tout. Et ce n’est pas parce que la timide et sympathique chanteuse a été omniprésente ou surexposée dans la métropole depuis la parution de son disque Je suis, au printemps 2011. Sauf erreur, il n’y a eu que la prestation aux FrancoFolies de Montréal depuis le mois de mai. C’est son nouveau spectacle qui s’amorce ces jours-ci pour se poursuivre jusqu’à l’été.

Alors, quoi ?

Serait-ce le fait que Marie-Élaine Thibert ne profite plus de la machine de Quebecor ? Pour ceux qui l’ignorent, la chanteuse a quitté les Productions J en septembre 2010. Son disque est toujours sous étiquette Musicor, mais elle a changé de maison de gérance et d’équipe à l’approche de la trentaine. Ça se peut. Elle est puissante, cette machine.

Serait-ce parce que son nouveau disque n’a pas fait l’unanimité auprès de ses fans ? Peut-être. Je ne peux porter de jugement. Je ne l’ai pas écouté.

Serait-ce parce que le public n’adhère pas à son nouveau look de femme mature, sensuelle et assumée (voir la photo de la pochette) ? Plausible. On a vu plein de jeunes artistes perdre leur public de base en changeant d’allure.

Serait-ce parce que les radios – encore tellement importantes au Québec – n’ont pas fait jouer ses nouvelles chansons? Je ne peux répondre, je n’écoute pas la radio. Quoique comme elle a eu deux extraits à succès (ça, je le sais), ce n’est probablement pas le cas.

Serait-ce tout simplement l’effet d’usure ? Rien n’est impossible. Des artistes immenses ont disparu du radar.

Serait-ce une mauvaise mise en marché ? Pas exclu. Ça ne serait pas une première.

Serait-ce la somme de toutes les réponses à ces questions? Il y a de fortes chances.

Au final, le constat, c’est que celle qui figure parmi les meneuses pour les disques vendus au Québec dans la première décennie des années 2000, l’artiste féminine par excellence de l’ADISQ en 2005, vend ses billets à rabais en vue de sa rentrée montréalaise.

Situation passagère ? Probable. N’empêche, à quelques jours du début de la cinquième mouture de Star Académie qui va attirer des millions de téléspectateurs et faire miroiter la gloire aux jeunes participants, il est bon de rappeler à ces derniers que cette gloire peut être grandement éphémère.

En passant, le rabais de 50 pour cent est valable jusqu’à minuit ce soir…

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