Martin Léon : Musique, dépaysement et chaloupe-dépanneur

Martin Léon: aller jusqu'au bout du monde. Photo Catherine Lefebvre.

J’ai fait pas mal de trucs dans ma vie. Mais prendre l’avion, étudier les neutrons et les protons, passer une nuit dans la jungle, vibrer sur des boucles rythmiques, consommer des machins hallucinogènes, ramer sur un fleuve tranquille, suivre un cours en accéléré de création musicale et me me ravitailler dans des chaloupes-dépanneurs en moins de deux heures, ça, jamais.

Par Philippe Rezzonico

Pas eu besoin d’aller au bout du monde pour faire tout ça. Le théâtre du Quat’sous sur l’Avenue des Pins était tout indiqué pour le périple proposé par Matin Léon dans son «laboratoire exotique».

Quelque part entre la carte postale, le cours académique et l’immersion dans une culture lointaine, Léon a mis sur pied un spectacle qui est synonyme de dépaysement, et ce, même si nous sommes familiers depuis deux ans avec les compositions de son album Les Atomes, qui composent 90 pour cent du spectacle.

À l’aide de graphiques, de photos et d’extraits visuels filmés lors de ses voyages en Thaïlande, au Laos et au Vietnam, Léon enrobe sa proposition scénique comme rarement nous l’avons vu de la part de n’importe quel artiste du Québec.

Il fallait le voir nous expliquer comment il a composé la chanson L’invisible, avec les rythmes, la ligne de guitare et d’autres instruments comme le Darbooka, ce qu’il regrette depuis… «Erreur», rigole-t-il, en nous proposant ces chansons dans des enveloppes sonores similaires, mais néanmoins variées en regard de son album.

Comment c'est fait?, ou les explications académiques de Martin Léon. Photo Catherine Lefebvre.

Il peut aussi revisiter son ancien matériel en nous offrant une livraison de C’est ça qui est ça calquée en mode karaoké sur un polar asiatique de série B.  L’une des excellentes trouvailles de ce spectacle qui en compte pourtant plusieurs.

Entre tout ça, Martin cause. Parfois alors que son batteur et arrangeur Pascal Racine-Venne maintient un fond sonore digne d’une arrière-cour de Saint-Adèle ou d’une jungle asiatique. Il cause beaucoup et bien, nous emmenant dans ses bagages.

Le propos anecdotique est le plus souvent savoureux, mais il aurait parfois le mérite d’être resserré. Par deux fois dans ce spectacle généreux qui aura duré une heure et cinquante minutes jeudi soir, nous avons droit à dix minutes sans chanson véritable.

Un spectacle qui se veut une immersion totale. Photo Catherine Lefebvre.

C’est le – petit – prix à payer pour assister à cette performance musicale et poétique hors de l’ordinaire.  On ne peut vouloir bousculer les structures habituelles d’une prestation sans, forcément, désarçonner aussi le spectateur. Et le spectateur, il boit les paroles de Léon plus souvent qu’autrement.

Immergés dans la petite salle qui fait office de «téléporteur», on apprend à connaître les amis de voyage de Martin tel «Funky Town» ainsi que la mentalité du propriétaire de la chaloupe-dépanneur qui gagne en une année ce qu’un Québécois reçoit sur le bien-être social en un mois.

On réalise aussi que Léon est vraiment aventureux. Je n’aurais pas délaissé mon guide et les autres touristes pour passer la nuit avec les indigènes au fond de la jungle…

Tout cet enrobage aurait pu détourner l’attention de la raison principale pour laquelle nous étions tous là : écouter de la musique. Au contraire, la mise en scène, la pénombre constante, l’ambiance feutrée du Quat’sous et la danseuse asiatique ont magnifié la proposition sonore.

Vous avez la chance de faire ce voyage dans les prochaines semaines, vous aussi. Martin Léon est en résidence, comme on dit. Mais dès que vous allez entrer dans la salle du théâtre de l’Avenue des Pins, vous allez oublier le froid, la neige et l’hiver. Juré.

Martin Léon, au théâtre du Quat’sous les 11, 12, 18 et 19 janvier (complet), ainsi qu’en supplémentaires les 29, 30 et 31 janvier ainsi que le 1er février.