Osheaga (Jour 1) : Karen, Anne, Lykke… et un retardataire

Même quand Karen O retire sa veste, ce n'est jamais banal. Photo courtoisie evenko-Pat Beaudry

Même quand Karen O retire sa veste, ce n’est jamais banal. Photo courtoisie evenko-Pat Beaudry

Il est courant de voir des écarts stylistiques et quantitatifs dans un festival du genre d’Osheaga, mais rarement trois artistes arrivent à laisser une marque aussi significative que distinctive que ne l’ont fait trois femmes, vendredi, lors de la première journée de la cuvée 2018.

Par Philippe Rezzonico

Karen O, des Yeah Yeah Yeahs, Anne Erin Clark, connue sur le pseudonyme de St. Vincent, et Lykke Li ont, chacune à leur manière, imposé leur présence, leur voix et leur aura de façon remarquable.

17h40-18h30: la séduction de St. Vincent

Quand les musiciens de St. Vincent se sont pointés sur scène, on a compris que le mot banal n’était pas à l’ordre du jour. Le batteur et le claviériste portaient des masques qui donnaient l’impression qu’ils n’avaient pas de visage.

St. Vincent et ses collègues en action. Photo courtoisie evenko-Pat Beaudry

St. Vincent et ses collègues en action. Photo courtoisie evenko-Pat Beaudry

Et quand Anne Clark a suivi, à une certaine distance de la scène, des centaines de spectateurs ont cru durant un instant qu’elle ne portait rien d’autre que des longues bottes cuissardes, des brassards, une ceinture et sa guitare. Le costume moulant de couleur chair ne pouvait faire illusion de très près où lorsque vu sur les écrans géants, mais à 100 mètres, l’effet était saisissant.

Le plus récent disque de l’Américaine se nomme MASSEDUCTION et elle joue cette carte à fond. Les images qui accompagnaient sur écran presque toutes les nouvelles chansons possédaient le même esthétisme que les tenues de scène. Parfois, St. Vincent se déplace comme une poupée mécanique, à petits pas. Tantôt, elle se détend, les bras en croix, comme si elle voulait s’offrir à ses admirateur(trices).

Avec ce charme un peu glacé qui est le sien, St. Vincent met de la hargne avec ses lignes de guitares hachurées qui s’extirpent de ses guitares de couleur qui sont des modèles Ernie Ball Music Man dessinés par elle-même.

Les rafales de guitare de St.Vincent. Photo courtoisie evenko-Pat Beaudry

Les rafales de guitare de St.Vincent. Photo courtoisie evenko-Pat Beaudry

Avec Los Ageless, Masseduction, Slow Disco ainsi que New York et sa phrase choc : « You are the only motherfucker in New York who can stand me », elle arrive à imposer un nombre considérable de nouvelles chansons et personne n’y perd au change. Du grand art.

19h30-20h30 : le feu de Karen

Lors de Date with the Night, dernière chanson interprétée par les Yeah Yeah Yeahs, Karen O a marqué un temps d’arrêt, bras et micro pointés vers le ciel. Et pendant quelques secondes, tout s’est arrêté.

L’expression suspendue aux lèvres n’est pas assez forte pour résumer le moment. En revanche, le moment résumait parfaitement les 55 dernières minutes. Neuf ans après leur sauvetage à Osheaga (ils avaient remplacé les Beastie Boys en tête d’affiche), les Yeah Yeah Yeahs ont été aussi vibrants qu’explosifs.

Karen O: en chaire, en voix et en émotion. Photo courtoisie evenko-Pat Beaudry

Karen O: en chaire, en voix et en émotion. Photo courtoisie evenko-Pat Beaudry

Y Control a donné le ton, quand Karen est apparue dans son long manteau sur lequel on voyait Black Tongue dnscrit au dos. C’est justement cette chanson qui a suivi, durant laquelle l’Américaine haletait sans cesse. Du cru et de l’intensité, tout à la fois.

Au menu, près d’une demi-douzaine de titres de Fever To Tell (2003), des brûlots (Heads Will Roll), des chansons fédératrices (Gold Lion) et un immense moment durant Sacrilege, quand l’union entre la chanteuse et le public était à son sommet.

« J’en ai des frissons partout dans le cou et sur le corps », a lancé Karen par la suite avec un sourire à faire fondre un iceberg. Nous aussi.

Aucune surprise, donc, quand Karen O, la Chrissie Hynde de sa génération, a conclu Date with The Night en détruisant son micro en le frappant au sol. Au vestiaire, les minets. Les Yeah Yeah Yeahs, eux, ils déchirent.

20h30-21h30 : l’envoutante Lykke Li

J’ai raté forcément plusieurs chansons de la Suédoise Lykke Li. Outre le kilomètre et demi (environ) qui sépare la scène de la rivière de la scène de la vallée, j’ai pris dix minutes pour voir au passage Odesza. Très divertissant pour l’adolescent actuel… et s’est taillé sur mesure pour IleSoniq. Passons.

C’est ce que j’ai fait, passer, et dix minutes plus tard, Lykke Li m’a jeté par terre. Habitée, envoutante, ensorcelante, même. Elle était dans une forme renversante et nous happait dans son univers en un claquement de doigts.

Lykke Li, envoûtante. Photo courtoisie evenko-Pierre Bourgault

Lykke Li, envoûtante. Photo courtoisie evenko-Pierre Bourgault

« Pourquoi vous êtes si peu bruyants », a-t-lancé en terminant une chanson. Peut-être bien parce que nous étions hypnotisés par elle, sa voix et par sa magnifique tenue de scène, tout simplement.

La chanteuse qui réside désormais à Los Angeles était baignée dans la lumière rouge pour So Sad So Sexy, chanson titre de son plus récent disque et elle bougeait comme jamais durant Sex Money Feelings Die. Quand elle a terminé la soirée avec I Follow Rivers, l’assentiment était général.

21h45 : Travis Scott n’est pas sur scène.

23h : Travis Scott arrive sur scène avec une heure et quart de retard (problèmes aux douanes).

23h40 : Travis Scott quitte la scène.

Ce sera tout.

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