Passé, présent et avenir pour Petite-Vallée

Daniel Boucher aura mis le feu, comme il sait si bien le faire. Photo Catherine Lefebvre.

C’était pratiquement comme réunir les bouquins de fin d’année de ton école secondaire depuis trois décennies. Promotion 2004 ? C’est lui. Qui était là en 1998 ? C’était elle. L’an dernier ? Lui, voyons ! La photo est toute récente… Ah… En effet. Presque comme ça, donc, sauf qu’on voyait mercredi soir sur la scène du Lion d’Or en chair et en os les artistes ayant fait l’histoire du Festival de la chanson de Petite-Vallée. Bien mieux que des archives figées dans le temps, ça.

Philippe Rezzonico

Forcément, l’esprit de famille dont tout le monde fait état après avoir fait un passage au festival ancré en Gaspésie se transposait dans la salle de la rue Ontario. Avant que s’amorce cette performance collective généreuse mise en scène par Nelson Minville, on voyait des Louis-Jean Cormier et Michel Rivard discuter entre les rangées de sièges installées au parterre avec des amis du festival.

Dans les faits, les dirigeants de l’événement (qui aura lieu du 24 juin au 2 juillet) faisaient coup double : promotion dans la grande métropole de leur 30e édition anniversaire et soirée bénéfice visant à amasser des sous pour le fonds Dan-Gaudreau, un membre essentiel du festival disparu il y a deux ans.

Michel Rivard était au nombre de ceux qui ont vécu Petite-Vallée deux fois plutôt qu'une. Photo Catherine Lefebvre.

C’est d’ailleurs une courte et sympa vidéo du regretté musicien qui fut la mise en bouche. Dire qu’il était apprécié de sa communauté est superflu. Les gens l’adoraient, visiblement. Et on peut dire la même chose de ceux qui ont défilé sur scène pour lui rendre hommage. Pierre Flynn a évoqué la dernière brosse et nuit passée à jouer avec lui, interprétant Catalina, «de mémoire, la dernière chanson qu’on a jouée ensemble.»

Bernard Adamus a rappelé sa première rencontre avec Gaudreau, quand il avait saisi la guitare de marque Boucher du musicien, avant de se diriger vers l’extérieur où il ne faisait vraiment pas beau. Gaudreau l’avait rattrapé avant qu’il ne sorte dehors avec le précieux instrument. On naviguait entre les souvenirs émus et les anecdotes amusantes.

L'anecdote de la rencontre entre Bernard Adamus et Dan Gaudreau valait le détour. Photo Catherine Lefebvre.

Petit malaise, quand même, lorsqu’un spectateur visiblement pas au courant du contexte a maladroitement demandé : « Il est mort ? » à Catherine Major, qui évoquait le souvenir de Gaudreau. La pianiste a été secouée mais elle s’est ressaisie pour offrir une splendide interprétation du Désert des solitudes, chanson-titre de son plus récent disque.

Catherine Major: de l'émotion à fleur de peau. Photo Catherine Lefebvre.

Justement, ce spectacle ne versait pas dans la nostalgie au plan musical en raison des rencontres inattendues et de la présence de chansons rares ou carrément inédites. Major, donc, avec son nouveau titre, et Adamus avec une chanson « qui n’est pas sur l’album » Brun. Mais aussi Flynn, Cormier, Marie-Pierre Arthur, Vander (celui des Colocs, bien sûr), Luc Delarochellière et Andréa Lindsay.

Flynn, qui avait « la chienne » a offert à la guitare – fait rare – l’inédite Le dernier homme, une chanson puissante à la forte mélodie. Cormier et Arthur ont livré en duo une fort jolie composition originale nommée Chanson pour Dan, Marie-Pierre connaissant ce dernier depuis qu’elle est toute petite, toute sa famille – ou presque – ayant participé au festival de Petite-Vallée d’une façon ou d’une autre.

Marie-Pierre Arthur a offert une composition de son cru au disparu. Photo Catherine Lefebvre.

Vander, très fort également, avec Y a pas que, chanson primée à Petite-Vallée. Sa présence nous a aussi valu une version vivifiante de Tassez-vous de d’la, où Alecka, la dynamique sœur de Chafiik (j’ose pas ajouter… de Loco Locass, sais pas si ça existe encore) a pris la place de Dédé.

Cormier lui aussi, a livré une inédite, Les chansons folles. Avec qui ? Avec Adèle Trottier-Rivard, la fille de Michel et de l’animatrice Marie-Christine Trottier. Cormier a noté que leurs voix étaient complémentaires. La chanson qui ressemble à du Karkwa a eu un effet du tonnerre.

Louis-Jean Cormier et Adèle Trottier-Rivard en duo. Photo Catherine Lefebvre.

Autre duo réussi, celui du grand Luc et d’Andréa Lindsay qui en sont à préparer un disque conjointement. Leur offrande était une ballade d’amour savamment dosée. En passant, je ne suis pas « potins », mais si ces deux-là ne forment pas un couple, je vous paie une bière. Tu ne peux chanter « Ce que la vie fait de mieux, je crois que je l’ai vu dans tes yeux » avec une telle complicité sans qu’il y ait anguille sous Rocher percé.

Luc Delarochellière et Andréa Lindsay: complicité évidente. Photo Catherine Lefebvre.

A travers ces découvertes, il y a aussi ceux qui ont cassé la baraque. Dans un numéro qui visait à recréer son audition à Petite-Vallée il y a 16 ans, Daniel Boucher nous a livré une version de Boules à mites explosive, avec son entracte sportif où il joue au hockey avec Guy Lafleur et le Canadien face aux méchants Nordiques. Et on a eu droit à la version longue, croyez-moi…

Autre claque dans la gueule, celle offerte par Lisa Leblanc dont l’accent annonce le Nouveau-Brunswick à des milles à la ronde. Flanquée de Patrice Michaud et Myelle – qui a raté son coup lors de son interprétation solo -, Lisa a fait exploser le Lion d’Or avec Ma vie c’est d’la marde. Avec un titre pareil, pas besoin d’en rajouter. Tornade.

Lisa Leblanc et Myelle: Ma vie, c'est d'la marde. Est-ce clair? Photo Catherine Lefebvre.

Et il y a eu aussi le directeur artistique du festival, Alan Côté, qui nous a offert une nouveauté ; Rivard, qui a récité un touchant poème «écrit à la main sur une feuille à Petite-Vallée»; Paul Piché, avec son plus vieux classique (vous savez lequel) ; Luce Dufault (très en voix et en forme).

Bref, un spectacle qui donne vraiment envie d’aller voir et vivre ce festival sur place l’été prochain. Mmm… Pas exclu.

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