R.E.M: R.I.P. About time

Mills, Stipe et Buck: la fin de l'aventure

D’ordinaire, l’élaboration d’une compilation de grands succès ou d’une anthologie signifie deux choses : le groupe est disparu ou séparé depuis longtemps, ou le band s’apprête à repartir en tournée afin de faire rouler son fonds de commerce. Pas R.E.M..

Par Philippe Rezzonico

Dans un geste qui aura attristé leurs millions de fans, Michael Stipe, Peter Buck et Mike Mills ont décidé il y a quelques jours de mettre un terme à une aventure musicale d’une durée de 31 ans, bien plus longue que la plupart des mariages.

La mise à mort officielle s’est, semble-t-il, faite de la façon la plus civilisée qui soit à en juger par les commentaires des trois amis de longue date au sein de leur site web.

Pour plusieurs, R.E.M. a été un groupe qui su demeurer fidèle à ses racines alternatives en dépit d’une évolution musicale pop évidente et d’une reconnaissance mondiale acquise sur le tard. Dans le fond, R.E.M. n’était-il pas Arcade Fire bien avant la lettre ?

Ce groupe, férocement indépendant de talent et d’esprit, issu du mouvement alternatif cher aux campus universitaires, est demeuré intègre au plan artistique et a pu s’impliquer au plan environnemental et politique, tant avant et après son arrivée chez une étiquette de premier plan (Warner, en 1988, après des années passées chez I.R.S.).

Intègres ? Que l’on se souvienne que R.E.M. n’a pas orchestré de tournée d’importance après les parutions de Out of Time (Losing My Religion, Shiny Happy People) et Automatic For the People (Drive, Man On the Moon, Everybody Hurts), leurs plus grands succès commerciaux. Les deux disques ont cumulé des ventes de quelque 25 millions d’exemplaires. On n’ose imaginer ce que des tournées mondiales auraient généré comme revenus. Dans la catégorie des groupes qui ont fait de la musique pour l’art bien avant de penser à leur portefeuille, R.E.M. figure encore parmi les premiers de classe.

La décision annoncée par le trio le 21 septembre dernier semblait toutefois inévitable.

L’avant et l’après Berry

Jetez un coup d’œil à votre collection de disques de R.E.M : Murmur ou Up ? Document ou Around the Sun ? Automatic For the People ou Accelerate ? Regardez ça de toutes les façons que vous voulez, vous allez réaliser que vous revenez presque exclusivement à des albums de R.E.M. de la « première période », c’est-à-dire, avant le départ du batteur Bill Berry, quelques mois après la parution de New Aventures In Hi-Fi (1996).

Je ne sais trop pour les fans purs et durs de R.E.M., mais en regardant ma collection de CD au moment où j’écris ces lignes, je réalise que le dernier disque de R.E.M. que j’ai vraiment réécouté après sa parution est Monster (1994). Est-ce dû au fait que le segment 1982-1994 correspond à ma vingtaine et que j’ai été plus marqué par les disques de cette période ? Peut-être. Mais j’adore des tas de « jeunes » groupes qui sont nés depuis que je suis dans la quarantaine. Ce n’est pas ça.

R.E.M. n’a aucunement fait de mauvais disques par la suite. Mauvais est d’ailleurs un qualificatif qui n’a pas sa place dans leur œuvre. Sur ce plan, l’anthologie Part Lies, Part Heart, Part Truth, Part Garbage 1982-2011 attendue en novembre sera nécessaire, parce qu’elle combinera enfin les catalogues de I.R.S. et Warner.

Mais en rétrospective, force est d’admettre qu’après le départ de Berry, s’il y a eu de bons albums et très bonnes chansons, il n’y a eu aucun disque essentiel comme Murmur, aucune chanson vitale et universelle comme Everybody Hurts.

Je doute qu’il faille en incomber la faute – ou le mérite – au batteur démissionnaire, mais R.E.M., figure incontournable de la musique alternative et populaire durant 15 ans, n’arrivait plus à nous remuer les entrailles et à nous chavirer le cœur depuis longtemps.

Stripe, Buck et Mills, à qui l’on doit le respect le plus absolu, l’ont simplement réalisé bien après plusieurs d’entre nous.

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