ROBERT en CharleboisScope : un festin pour les yeux, un régal pour les oreilles

Robert en CharleboisScopeMaudite tournée, tournée Doux Sauvage, Tout écartillé, Avril sur Mars, 50 ans 50 chansons et quelques autres… Quand tu as vu toutes les tournées de Robert Charlebois depuis 25 ou 30 ans, comment peux-tu espérer qu’il te surprenne encore?

Par Philippe Rezzonico

C’est la question que je me posais en début de soirée, jeudi, avant la première montréalaise de ROBERT en CharleboisScope à la salle Wilfrid-Pelletier.

Avec une telle appellation et la pub télé que l’on voit depuis des mois où un jeune Charlebois, sur film noir et blanc des années 1960, dit « que dans la musique moderne, je ne vois rien qui m’arrive à la cheville », on se doutait que le visuel, passé et présent, allait tenir une place de choix dans le concert.

Il y avait aussi l’affiche, splendide affiche d’ailleurs, qui annonçait la couleur – jeu de mots facile – avec son design digne d’un effet de kaléidoscope. Bref, pour le visuel, on avait compris avant d’entrer dans la salle. Pour la musique, on a pigé quand les musiciens sont arrivés sur scène.

Avec deux guitaristes (Daniel Lacoste, Dominique Lanoie), deux batteurs (Justin Allard, Steve Gagné), un bassiste (Mark Hébert), un claviériste (Vincent Réhel), un violoniste (Tommy Gauthier) et une section de cuivres (Mario Allard, saxophones; Matthieu Van Vliet, trombone, Charles Imbeault, trompette), Charlebois avait à sa disposition un mini-orchestre dont la dextérité et la cohésion de ses membres lui permettait de restituer à l’origine les arrangements de ses classiques. Un pur régal.

Proposition étendue

Et le plus beau, c’était peut-être le synchronisme entre les chansons et les images. D’entrée, Le manque de confiance en soi, formidable nouvelle chanson reposant sur des paroles de Réjean Ducharme, a démontré toute l’étendue de la proposition : à l’avant-scène, 11 musiciens qui donnent le meilleur d’eux-mêmes pendant que les paroles en lettres immenses défilent sur l’écran aussi gros que large placé derrière eux. Effet bœuf.

Sensation identique pour la Dolorès musicalement plus vraie que nature qui a suivi avec l’énumération « visuelle » des bagnoles de la chanson. De mon siège logé en plein centre du parterre, je me disais que Charlebois venait de s’offrir – avec le Groupe Cirque du Soleil – une production visuelle de calibre internationale. Sérieux, ça me faisait le même effet qu’à un concert de U2. Mais en dépit de l’apport visuel, jamais la musique n’est passée au second plan. La finale de Dolorès avec les cuivres déjantés n’aurait pas déplu au grand Dr. John, disparu hier.

Les ailes d’un ange? Un ciel azur rempli de jolis nuages blanc pendant que Charlebois s’escrime à livrer un solo débridé sur sa guitare. Ent’deux joints? Un Charlebois en triple dimension, flou et psychédélique au possible, sur l’écran. Tout écartillé? Peut-être la version la plus dynamitée jamais entendue. En fait, hier, c’était « vue » et entendue, car l’animation avec les boules de billard multicolores valait le détour.

Animation ou archives

Presque toutes les chansons ont eu droit à des images animées distinctes. Pour les autres, on plongeait dans les archives. Durant Mon pays, on voit Charlebois déambuler dans les rues de Montréal à une époque où rien n’était interdit. Pour Fu Man Chu (Chu Dans), on voyage dans le temps où Charlebois partageait la vedette à l’écran avec Terrence Hill et Miou-Miou dans le western-spaghetti Un génie, deux associés, une cloche. Probablement la chanson dont les images doublées et triplées ont martelé le plus les rétines de toute la soirée.

Cela s’est adoucit avec la délicate et fine animation en noir et blanc pour California durant laquelle Louise Forestier s’est joint à Charlebois. Personne ne peut croire que ses deux-là totaliseront 150 ans quand Robert aura célébré ses 75 ans dans trois semaines : ils bougent, ils chantent, ils jouent, ils rient, ils vivent comme s’ils étaient au temps de L’Osstidcho. Yvon Deschamps, présent au concert, a dû apprécier.

Lindberg demeure ce bonheur partagé pour les deux artistes avec un arrière-plan de constellation sur lequel ou voit Robert et Louise – environ 50 ans plus jeunes – chanter ce qui allait devenir un monument. On a même eu droit à un autre duo, celui de La fin du monde. Rare.

Dire que le public était soufflé était une évidence. Cela dit, si la salle Wilfrid-Pelletier s’avérait idéale pour la présentation du « CharleboisScope », comme d’habitude, elle a amenuisé certaines ardeurs. Il a fallu attendre une interprétation dynamique de J’t’aime comme un fou qui a pris l’allure d’un karaoké géant – Charlebois qui chante en synchro avec les paroles sur l’écran – pour voir quelques dizaines de spectateurs se lever. Seule Te v’la – au rappel – a vraiment fait bondir tout le monde. C’est clair, Charlebois – qui avait une voix d’une puissance étonnante – est bien plus en forme que le public de sa génération.

En forme et à fleur de peau. Ordinaire a été aussi géante et investie que Je reviendrai à Montréal a été touchante, avec les images familiales de Robert, enfant, dans le Montréal des années 1940 et 1950.

Mélange bien dosé de quelques chansons récentes de Et voilà et de chansons légendaires qui ont séduit trois bonnes générations, ROBERT en CharleboisScope est un festin pour les yeux et un régal pour les oreilles qu’on pourra encore savourer cette année.

ROBERT en CharleboisScope : les 7 et 8 juin à la salle Wilfrid-Pelletier.

 

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