Roger Hodgson, les yeux fermés

Seul, Roger Hodgson est royal. Avec un groupe, il est impérial comme on l'a constaté à la PdA. Photo courtoisie.

Lorsque Rick Davies a annoncé le retour sur scène de Supertramp au printemps, il était écrit en gros traits dans le communiqué que Rodger Hodgson n’était pas de l’équipée. Cinq heures plus tard, Hodgson, dont les spectacles prévus pour l’automne à Montréal étaient annoncés, a répliqué avec un communiqué de son cru disant qu’il n’était pas lié à cette tournée. Voyez-vous ça… Pour une rare fois en 30 ans, Hodgson et Davies étaient d’accord sur quelque chose.

Par Philippe Rezzonico

Au-delà du droit légal de Davies et de la qualité du Supertramp acclamé cet été au Centre Bell, au petit jeu des comparaisons, Hodgson ne va jamais finir deuxième. C’était déjà vrai ces dernières années, même quand il venait se produire dans un cadre minimaliste, avec son multi instrumentiste.

Vendredi et samedi, Hodgson – avec la même voix incroyablement haut perchée qu’à ses 25 ans – était de retour à la PdA avec un groupe. Oh, là, là…

Take the Long Way Home (impeccable, en ouverture), Even In the Quietest Moments (magique, au milieu du show), ou It’s Raining Again (chantée à l’unisson par la foule, au dernier rappel), ça passe aussi bien en formation réduite qu’avec un groupe. Tu ne te sens pas floué sans le band. Mais pour les autres classiques, c’est le jour et la nuit.

L’harmonica qui tranche comme une lame de rasoir au début de School, on l’avait déjà entendu, mais dans la portion accélérée, la batterie et les multiples couches de claviers nous ramenaient directement à Crime of the Century, version studio. Peut-être encore plus vrai pour The Logical Song, propulsée par la basse comme on ne l’a pas entendue en 2009 ou 2006 dans cette même salle.

Toujours aussi mince, placé derrière son clavier, assis à son piano ou debout avec sa guitare, le Britannique passe d’un instrument à l’autre avec aisance, expliquant le contexte de ses chansons et leur genèse. Rarement un chanteur est à la hauteur de son passé comme l’est Hodgson, 42 ans après la formation de son groupe.

Immersion

Sauf que c’est plus que ça. C’est tellement pareil aux années 1970 ou 1980, qu’il ne fallait que fermer les yeux pour avoir l’impression d’entendre les disques d’antan. Sur ce plan, je  n’ai d’ailleurs presque rien vu de la performance.

Dès que les premières notes d’un classique du genre Hide In Your Shell, Take a Look at My Girlfriend – dédiée à un monsieur à la demande de son blonde pour son anniversaire – ou Dreamer se faisaient entendre, je visualisais la scène, puis je m’imprégnais uniquement de la musique, comme si j’étais devant ma chaîne audio.

C’est justement durant Fool’s Ouverture que je me suis souvenu comment j’avais étrenné ce nouveau machin qu’était un lecteur compact, en 1987, dans mon premier appartement. Lumières fermées. Volume à 12 sur une échelle de dix. Immersion totale.

Quand Rodger a annoncé Fool’s Ouverture, tout le monde dans la grande Wilfrid ne se pouvait plus. Onze minutes parfaites, avec une sono au poil, les moments lents avec cette voix fabuleuse de tessiture, les crescendos des claviers, la puissance de la batterie, la voix en boîte de Winston Churchill (faut bien, quand même) et le saxo… Tiens, ce fut la seule variante. Le dernier passage qui est joué à la flûte sur la version de 1977 le fut par le saxophone sur scène. On ne demandera pas de remboursement. Cette œuvre, full band, avec le vrai chanteur…. Impressionnant.

Et, justement, c’est ça le verdict. Rick Davies peut penser ce qu’il veut. Le super clochard, c’est Roger. Personne d’autre. Même les yeux fermés.

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