Sarah McLachlan sublime sous les étoiles

Sarah McLachlan, que l'on voit ici au théâtre St-Denis en 2011, était au sommet de son air vocal, samedi, au Centre de la Nature. Photo d'archives. Courtoise Catherine Lefebvre.

LAVAL –  Écouter chanter Sarah McLachlan dans une salle de spectacle, c’est bien. L’entendre sous les étoiles, c’est mieux. Et quand elle est en voix comme elle l’était samedi soir au Centre de la Nature, ce n’est pas loin d’être un pur bonheur

Par Philippe Rezzonico

On avait bien hâte de revoir la belle Sarah, cette fois sans les relents de laryngite qui l’affligeaient lors de son passage au théâtre Saint-Denis en mars 2011. Non pas qu’elle n’avait pas offert un excellent spectacle, loin de là, mais on se disait que ça risquait d’être plus plaisant avec une artiste pétant de santé. Et qu’avec le soutien d’un orchestre symphonique et d’un chœur, ça pouvait approcher le grandiose.

C’était ça la proposition de base pour ce spectacle présenté lors du Mondial Choral. Sarah, l’Orchestre symphonique de Laval et le Chœur du Mondial choral. Dans les faits, c’était nettement plus symphonique que choral, car le chœur n’a été présent que pour une chanson en première partie et une poignée d’autres dans la seconde.

On le sait, Sarah McLachlan, qui est une dame qui sourit sans cesse, écrit des tas de chansons sombres. Si elle annonce Loving You is Easy en notant qu’il s’agit d’une « chanson d’amour joyeuse » – l’une des chansons les plus pop de la soirée, en fait -, elle a tôt fait de « revenir aux chansons juteuses et dépressives » comme Fallen.

Le côté sombre de Sarah

Avec un band rock, certaines chansons du répertoire de McLachlan peuvent effectivement verser du côté sombre. Mais avec un orchestre, nombre de titres semblaient être en état d’élévation.

U Want Me 2, composée au terme de la rupture d’une relation vieille de 11 ans, était portée par les cordes qui conféraient une texture digne d’une trame sonore de film des années 1970. Ces mêmes cordes ajoutaient tonus et puissance à World On Fire et fusionnaient à merveille durant Possession et Adia, pour les livraisons les plus mordantes du spectacle.

Mordant, aussi, fut le trio de chansons partagé entre McLachlan et ses deux accompagnateurs principaux, Luke Doucet et Melissa McClelland. Le grand Luke et son épouse, qui célèbrent leur sixième anniversaire de mariage le 24 juin, sont eux-mêmes des auteurs-compositeurs talentueux. Les habitués des spectacles de McLachlan les connaissent bien.

Le trio a enchaîné en succession Brake (une chanson de Melissa), Broken One (un titre de Doucet écrit à l’intention de son ex qui a été remanié par sa nouvelle conjointe) et Illusions of Bliss, où McLachlan a repris son rôle de tête d’affiche après avoir accompagné ses deux collègues durant deux chansons.

Une voix en état d’apesanteur

Ce bloc était intéressant à plus d’un égard. Il marquait une rupture bien nette avec le spectacle jusqu’alors charpenté sur l’accompagnement symphonique et il nous ramenait à une enveloppe sonore plus crue, comme celle proposée par Ani DiFranco en première partie, quand elle ravageait ses guitares acoustiques avec ses chansons engagées du genre Which Side Are You On?

En définitive, ce dont les gens se souviendront, c’est la flexibilité, la tessiture et la portée aérienne de la voix de McLachlan lors de cette performance livrée dans des conditions climatiques parfaites. Dès le départ, avec Building a Mystery, le registre était bien haut, et il a carrément pris son envol avec Answer, quand la voix de la Canadienne s’est élevée encore plus. I Will Remember You n’était rien de moins que sublime de retenue et de goût, alors que Sweet Surrender – « une autre magnifique chanson sombre et dépressive » – retravaillée sur un tempo lent, presque hypnotique, fut un régal.

Nous n’étions pas au bout de notre plaisir. Fear, que McLachlan avait mis au rancart depuis un certain temps, était pas loin d’être explosive avec la force de frappe combinée de sa créatrice, de McClelland et de l’OSL. Et lorsque l’artiste originaire d’Halifax a interprété Angel, en pointant notre regard vers le ciel, on savait que cette complainte était entendue jusque dans le firmament étoilé.