The Mavericks: une fiesta pour lutter contre la grisaille

Tous les membres des Mavericks et Whitney Rose à l'Astral/Facebook The Mavericks

Tous les membres des Mavericks et Whitney Rose à l’Astral/Facebook The Mavericks

À l’été 2015, le Festival international de jazz de Montréal invitait The Mavericks. Lors du programme triple à la salle Wilfrid-Pelletier, le groupe originaire de Miami a volé le spectacle à la tête d’affiche Lucinda Williams avec une heure de concert dynamité au possible.

Par Philippe Rezzonico

Il s’agissait alors de la toute première présence en salle à Montréal des Américains dont la carrière a commencé au tournant des années 1980-1990. Cette prestation et une présence sur une scène extérieure il y a deux ans ont vraisemblablement mené à leur concert de dimanche soir à L’Astral, cette fois, en tête d’affiche.

Donc, approche différente. Cette fois, ce sont The Mavericks qui avaient une artiste invitée en première partie, soit l’Américaine Whitney Rose, de Nashville. Euh… Non. En fait, Whitney Rose est une Canadienne originaire de l’Île-du-Prince-Édouard, mais sur scène, je défie quiconque – particulièrement aux States – de ne pas penser qu’elle vient du Mid-Ouest américain.

Voix estampillée « Nashville » avec juste que qu’il faut de nasillard pour se fondre à la perfection dans le moule pour ses compositions tirées de son album Rule 62, la reprise impeccable de Harper Valley PTA et celle, à jeter sur le cul, de You Don’t Own Me, l’hymne féministe de Lesley Gore qu’elle a dédiée « aux femmes qui doivent se tenir entre elles ».

Donc, l’Astral était bien chaud pour l’arrivée des Mavericks, Raul Malo en tête, vers 21 heures. Pas d’explosion sonique, ici. Quand on sait que l’on a deux heures et demie devant soi, un groupe ne bâtit pas son spectacle de la même façon. Bonne entrée en matière avec Easy At It’s Seem – ça a l’air facile, en effet -, enchaînement avec le riff mordant nappé d’un air de saxophone chaud de Damn If I Do et suivi avec I Think Of You. Imaginez Frank Sinatra chanter sur des effluves tex-mex et c’est exactement ça, tellement Malo a une voix puissante et flexible, toute à la fois.

C’est quand même Back in Your Arms Again qui a mené au premier grand frisson de la soirée et aux premiers hurlements de la foule. Curieusement, c’est arrivé exactement au moment où les sites de nouvelles et les réseaux sociaux ont explosé avec l’annonce de l’élection de Valérie Plante à la mairie de Montréal.

À partir de ce moment, tout était possible. Malo, Eddie Perez, Jerry Dale McFadden, Paul Deakin et leurs collègues ont joué avec un entrain proche de l’abandon, pigeant autant dans leur répertoire qu’au sein de grands disparus. How Can You Mend A Broken Heart, des défunts Bee Gees, est servi comme hommage aux victimes de la tuerie de Las Vegas d’il y a quelques semaines et de celle, survenue dimanche après-midi (28 morts dans une église), au Texas. Un grand moment vocal (quel voix, Raul Malo!) et d’émotion.

En revanche, Be My Guest, de Fats Domino, You Never Can Tell, de Chuck Berry, et Tonight the Bottle Let Me Down, de Merle Haggard, sont des hommages joyeux qui visent à saluer les pionniers du r&b, du rock’ n roll et du country partis en 2016 et 2017. Là, The Mavericks sont l’équivalent du E Street Band et ils offrent le devoir de mémoire.

Parfois, ils font penser à Los Lobos, leurs cousins de la côte ouest. Peut-on avoir autant de plaisir dans une salle de spectacle qu’à l’écoute de Dancing in the Moonlight qui, contrairement à son titre, est éblouissante de soleil et de bonheur?

Des surprises? Quand Malo note : « Au fait, c’est dimanche… » et qu’il enchaîne avec une version instrumentale des Enfants du Pirée, tout le monde est stupéfait… mais chante la mélodie à pleins poumons.

En revanche, tout le monde est tout ouïe pour La Sitiera et pour le classique de Neil Young Harvest Moon, d’une beauté à tirer des larmes. Et l’assistance sautille sa vie durant Dance the Night Away, Come Unto Me et l’imparable All You Ever Do Is Bring Me Down, cette dernière avec la participation de Whitney Rose, quand les guitares, l’accordéon, le saxophone, la trompette et la batterie, juchée sur une plateforme dans le coin gauche, s’entremêlent dans une fiesta de notes qui donne furieusement le goût de vivre.

C’est justement de cette plateforme qu’a été prise la photo que vous voyez, quelques instants après la fin du concert, avec tous les membres des Mavericks et Whitney Rose. Ça résume bien trois heures et demie de bonheur pour lutter contre les grisaille de l’automne.

 

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