Toute une vie de Pagliaro en boîte

Michel Pagliaro ressort son catalogue qui dormait depuis des décennies. Photo courtoisie.

Il y a une quinzaine d’années, il ne voulait pas. Ça ne lui tentait pas. Il avait donc fait le minimum. Aujourd’hui, le temps presse, comme il le chante depuis quatre décennies. Cette année donc, on a droit à la totale. Tout Michel Pagliaro (ou presque) avec – enfin ! – une nouvelle chanson. Rencontre et redécouverte avec le parrain du Rock n’ Roll du Québec.

Par Philippe Rezzonico

En 1995, c’était la sortie de Hit Parade, compilation double d’importance, la première depuis l’avènement du disque compact. En entrevue à l’époque, j’avais demandé à Pag si une anthologie qui comprendrait des versions de spectacles, des chansons oubliées, des reprises et des prises alternatives n’aurait pas été plus intéressante. Il m’avait répondu qu’il ne voulait pas offrir des « crachats ». Ça m’avait drôlement frappé.

C’est la première chose que je lui ai rappelé quand je me suis attablé devant lui dans une somptueuse suite d’un grand hôtel il y a une semaine. Rappel pas du tout gratuit, puisque bien mieux qu’une anthologie, le coffret Tonnes de flashs comprend tous les disques de matériel original de 1971 à 1988, des 45 tours, des tas de chansons et de reprises oubliées et des enregistrements de spectacle. Ne manque que les prises alternatives. Tout ce qu’il ne voulait pas nous offrir dans l’autre siècle est maintenant disponible.

« J’avait dit ça ? », répond Pag, éternelles lunettes sur le nez, avec son sourire quelque peu carnassier.

Michel, il est comme ça. Parfois, tu ne sais pas s’il est sérieux ou s’il plaisante. Mais quand il enlève ses lunettes pour te regarder droit dans les yeux, tu sais que c’est du sérieux.

«Il y a un souci de conservation, dit-il. A moment, il faut le faire si tu ne veux pas tout perdre. J’ai commencé à penser à ça il y a un peu plus de deux ans. Ça fait deux ans qu’on a commencé à retrouver des bandes et à faire du mastering. Et je me dis que si on avait commencé cette année plutôt qu’il y a deux ans, on aurait perdu pas mal de stock. »

Les recherches

Cette partie de l’exercice n’a pas été une sinécure. Depuis ses débuts, Pag a enregistré pour DSP-International, Spectrum, Citation, Much, Trans-World, RCA Victor, CBS, Columbia, Martin, Trans-Canada, Alert et Audrogram. Ouf… Il possédait des bandes, mais pas toutes. Et pas toujours les originales.

«Ça a été dur de tout trouver. Et il y a eu de la restauration. Pas mal tout était conservé dans des boîtes de métal, mais il y avait des vielles bandes. Il y a eu pas mal de band-aid pis de vaseline dans cette affaire… (sourire). Même pour le transfert, c’était pas évident. Il fallait trouver du monde qui pouvaient faire les transferts comme il fallait.

«Écoute, à un moment, quelqu’un m’a appelé pour me dire : « Hey… Je viens de trouver des masters de tes disques. » Pas tous. Mais il y en avait des racks de bobines qu’il a fallu réécouter pour trouver les meilleures prises. »

Des meilleures prises, il doit y en avoir pas mal dans ce coffret. Que ça soit pour la version originale de Rainshowers, celle de What The Hell I’ve Got ou de Romantique, on entend pour la première fois des instruments que l’on n’avait jamais repéré sur les anciennes versions.

«On a travaillé fort là-dessus, mais c’est fascinant ce que le digital te permets de faire, note Pag. Quand on a tout fait, toutes les chansons tenaient sur un chip gros comme ça (il mime avec le geste). Toute ta vie sur un chip. »

Passé et avenir

On ne va pas faire la fine bouche avec une avalanche de 13 disques dont 12 n’étaient plus disponibles depuis l’ère du vinyle, mais on se dit que Michel a du tomber sur pas mal de bonnes prises alternatives au terme de semaines et de mois d’écoute.

«Je pense que le but, c’est l’histoire. Les chansons que les gens ont aimé comme ils les ont entendues au départ. Dans un autre médium comme les arts visuels, les dessins, les croquis, c’est intéressant. Dans l’auditif… Non. Je pense que c’est une affaire de collectionneurs. Ça va peut-être se faire à titre posthume (petit rire).»

A l’écoute de Tonnes de flashs, la première nouvelle chanson de Pag depuis plus de 20 ans, on réalise que le monsieur sait encore bâtir le riff qui tue. On fait remarquer à Pag qu’au milieu des années 1990, il nous avait joué une nouvelle chanson en français quand il était le parrain du défunt concours de l’Empire des futures stars (Les Dieux). Est-ce que Tonnes de flashs est la seule chanson qui dormait dans les voûtes ou est-ce qu’il y en a assez pour faire ce nouvel album attendu depuis des lustres ?

«J’arrête pas d’en faire, des chansons, se défend-il. Mais je veux que ça soit intéressant. Je veux que ça soit bien. Et c’est pas parce que je suis perfectionniste. Je pense que les gens ont une mauvaise perception de moi là-dessus. Quand c’est trop parfait, trop droit, trop bien placé, il n’y a pas de vie qui en sort. Moi, je veux transmettre des émotions.

«Quand tu joues sur scène, il faut être… Il ne faut pas penser. Il faut que la musique passe à travers toi. Ça prend de l’émotion pure. Mais oui, oui. Il va y avoir une suite. »

Ça va. Maintenant qu’on a tas de chansons sous la main, on peut patienter.