XIII reprend du service

J’étais à la librairie du coin, mardi, en train de feuilleter le quatrième tome fraîchement arrivé de XIII Mystery, série dérivée de la désormais bande dessinée culte XIII, quand le libraire a déposé une pile d’un nouveau titre à côté de moi. Je n’avais pas aussitôt mis les yeux dessus que j’ai lancé : « Les pourris ! Ils continuent ! »

Par Philippe Rezzonico

Il faut quand même noter que la désignation de « pourris » était assortie d’un éclat de rire. Cela a fait sourire le libraire. Mais ma surprise, elle, était totale.

Même logo emblématique de XIII sur le recto… Couverture encore une fois dessinée par William Vance… Mais au-dessus du titre (Le jour du Mayflower) on ne voyait pas les noms des créateurs, Vance et Jean Van Hamme, mais ceux de Youri Jigounov – le dessinateur de la série Alpha – et de Yves Sente – scénariste pour la reprise de Blake et Mortimer.

Même concept, ici. Après que Van Hamme et Vance eurent trimbalé en tous sens l’amnésique le plus célèbre de la BD franco-belge durant 23 ans (1984-2007), une autre équipe prend le relais du titre sous la supervision des créateurs.

Évidemment, si j’avais visité le site web officiel de la série, j’aurais su que XIII allait repartir au charbon. Mais depuis que ce site existe, je l’ai toujours évité comme la peste durant la parution à peu près annuelle des albums originaux, histoire de ne pas apprendre à l’avance un élément qui aurait pu gâcher ma surprise à la lecture. Et depuis que la série était officiellement terminée, je n’avais aucune raison d’y retourner.

Pourtant, j’aurais dû m’en douter. On ne délaisse pas une telle mine d’or. C’est d’ailleurs la raison d’être de XIII Mystery, série prequel qui met en vedette tous les personnages majeurs qui ont gravité autour de XIII durant 23 ans, mais avant qu’il ne parvienne dans leur quotidien.

Si vous connaissez cette BD, vous savez tout ça. Mais si vous avez amorcé cette lecture sans savoir de quoi il retourne, mon étonnement rapporté plus haut doit vous paraître suspect. Encore un truc que Rezzonico et deux trois autres copains ciblés sont les seuls à aimer, devez-vous vous dire… Que non.

XIII c’est l’eldorado de la bande dessinée européenne depuis un quart de siècle. Une série dont les tirages ont fait époque. Durant la décennie qui a précédé la «fin» de la série, chaque nouvelle parution était écoulée à 400, 000 exemplaires. Et pour ce retour après quatre ans d’absence, pas moins d’un demi million d’exemplaires ont été imprimés !

Histoire de vous situer, la Monnaie de Paris sortira un coffret « collector » – comme disent nos cousins français – à tirage limité du dernier-né. Sans compter les éditions de luxe du récent passé toujours disponibles, les produits dérivés, le jeu vidéo, etc. Une mine d’or…

Selon Vance, qui a dessiné quatre pages à l’intérieur du tome 20 qu’on ne pensait jamais voir naître, cette relance devrait durer le temps de quatre albums. Toujours risqué, une telle prédiction. Surtout quand on sait que la série originale aurait pu être écourtée de quelques titres.

Bien foutu

N’empêche, cette relance s’amorce bien. Le dessin de Jigounov a une précision similaire à celui de Vance, qui cadre bien avec le milieu glacial de l’espionnage. Et il est même plus détaillé. Au plan visuel, pas de rupture nette, donc. Quant à Sente, il a replongé XIII dans une intrigue où les cadavres s’accumulent au même rythme effréné que naguère. Nous sommes en terrain connu.

Petit velours, le Québec a reçu l’album quelques jours avant la France, où il est attendu vendredi (18 novembre). Probablement à cause du Salon du livre de Montréal qui s’est amorcé mercredi.

Et dites-vous que si je ne révèle rien de l’intrigue – ni celles des albums du passé -, c’est qu’il s’agit de l’essence même de cette série. Durant près d’un quart de siècle, nous avons suivi pas à pas un amnésique qui apprenait de quoi son passé explosif était façonné. On ne veut gâcher le plaisir de personne.

Mais les abonnés à perpète à cette série, même si nous sommes aussi heureux qu’un fan des Beatles qui entendrait une version inédite d’un classique du Fab Four, nous savons fort bien que l’on va se remettre à agoniser durant les longues attentes entre les parutions d’albums.