Osheaga, jour 1: Leon, Wet Leg, The XX et Geese… en attendant Angine de Poitrine

Geese/Photo courtoisie evenko/Benoit Rousseau

Le festival Osheaga a vingt ans. Mmm… Disons qu’il existe depuis 20 ans, plus précisément. La 20e édition, officiellement, sera celle de l’an prochain, vu que la COVID a torpillée celle de 2020 et que celle de 2021 était une version locale, avec des artistes de chez nous.

Par Philippe Rezzonico

N’empêche, il y avait quelque chose d’à la fois excitant et de difficilement quantifiable, vendredi, sur le site de l’Île Sainte-Hélène, en se souvenant que c’est au même endroit – qui a bien changé – que nous sommes venus voir Sonic Youth, en tête d’affiche, en septembre 2006.

Fidèle à une tradition qui n’appartient qu’à nous, comme chaque vendredi au festival depuis une mèche, on vous emmène en ballade chronologique avec des commentaires de groupes entrevus au passage ou vus en intégralité.

Les visages multiples d’Osheaga

Rien de plus ingrat que de se produire durant la première heure de la première journée de festival. Deuxième groupe à se présenter sur les scènes centrales bicéphales, Rio Kosta a proposé d’excellents grooves pour mettre la foule dans le coup, qui plus est, sous le soleil tapant. Combinaison gagnante

Des tas de collègues attendaient avec impatience Wunderhorse. Des engliches. Du bon rock, juste ce qu’il faut de muscle, mais dans le genre, dans leur genre, j’ai presque trouvé ça trop générique. Mais bon, je ne suis pas resté assez longtemps pour m’immerger parce que j’avais un rendez-vous à l’autre bout du site. On se reprendra.

En se dirigeant vers les scènes de la Vallée et de la Forêt, on passe obligatoirement devant celle des îles qui, historiquement, présente toutes les moutures électro les plus dansantes qui soient. Baalti n’a pas fait exception à la règle, même si ça aurait pu être n’importe quel autre groupe présenté sur cette scène depuis une décennie.

Le mot en F… dans les interventions et, assez souvent, dans les chansons. J’ignorais complètement qui était Whatmore avant de me présenter devant la scène de la Forêt, mais quand le chanteur a rappelé que les boys étaient de New York, j’ai éclaté de rire. Comment aurait-il pu en être autrement? Cela dit, pour reprendre l’expression utilisée plus haut, dans le genre, dans leur genre, c’était réussi.

Formidable Leon

Leon Bridges/Photo courtoisie Evenko/Benoit Rousseau

Il y a une dizaine d’année, Leon Bridges était le nouveau roi d’une certaine néo-soul, croissement d’influences classique entre Sam Cooke et Marvin Gaye. En 2026, il joue sur la scène de la Vallée à 15h55. Allez comprendre quelque chose… Tant pis pour les absents.

Avec trois formidables choristes-danseuses, un saxophoniste (flûte traversière, aussi), une trompettiste et l’incontournable DJ avec les bidouillages et les beats en boîte, Leon Bridges a transformé ce bout du parc Jean-Drapeau en dancefloor à ciel ouvert. Et tout ça, à tout juste 16 heures et des poussières.

Photo courtoisie Evenko/Benoit Rousseau

Bonne voix, du groove en masse, des mélodies accrocheuses, des chansons presque toutes enchaînées dans temps mort. Ce fut dangereusement irrésistible. Normal, direz-vous, avec le Happiness Anytime affiché en permanence derrière le groupe. Illusion, Happiness Anytime, If It Feels Good (Then It Must Be) et All Day All Night, pour ne nommer que celles-là, ont fait l’unanimité.

La claque de Wet Leg

Rhian Teasdale, de Wet Leg/Photo courtoisie Evenko/Tim Snow

Retraite vers les scènes centrales pour voir le dernier quart d’heure de Wolf Alice. Trop peu pour porter un jugement exhaustif, mais assez pour savoir qu’on a a-do-ré le peu que l’on a vu. Cette retraite, bien sûr, c’était pour ne pas rater une seconde de la prestation de Wet Leg qui faisait un retour au festival, après une apparition marquante sur une scène minuscule en il y a quelques années.

Tout au long de leur prestation aussi impeccable qu’inspirée, je me disais que ce groupe britannique était exactement ce que le festival voulait mettre à l’avant-scène lors de sa naissance, en 2006. Un groupe férocement alternatif mené par deux femmes fortes, la chanteuse Rhian Teasdale l’étant de manière un petit peu plus significative que sa collègue, notamment lorsqu’elle prend la pose d’une boxeuse lors de la pesée. Don’t mess avec elle…

Avec son short qui ressemble de loin à un tutu, ses guitares transparentes vertes ou blanches, et, surtout, avec une attitude rebelle, Teasdale, qui pourrait être la sœur de Nancy Dumais, possède un pouvoir d’attraction phénoménal. Pensez à Joan Jett, à Courtney Love, à PJ Harvey.

Photo courtoisie Evenko/Tim Snow

Que ce soir sur Catch These Fists en ouverture, durant Liquidize – quand elle se jette à genoux -, ou pendant Jennifer Body’s ou Chaise Longue, Teasdale chante, crie, rue, rampe, jure et arrache pas mal tout sur son passage.

L’écriture et la pause bouffe nous a fait rater Blood Orange – on ne peut pas tout voir – et une bonne partie de The Neighbourhood et son chanteur Jesse Rutherford qui a séduit ses admiratrices, notamment en raison de son lent striptease : vêtu en costard de jeans, cravate et portant des gants, au départ, il ne restait que le pantalon et les souliers à la fin, révélant son torse entièrement tatoué. De la grosse pop-rock accrocheuse avec des succès qui datent déjà comme Sweater Weather, mais aussi un lien extra fort avec son public.

Photo courtoisie Evenko/Tim Snow.

En mai 2017 – il y a une éternité – sur la Plaine des Jeux du parc Jean-Drapeau – pas Osheaga-, The XX nous avait pas mal charmé, merci. Et puis, séparation et projets solos. Tout était donc en place, vendredi, pour les retrouvailles avec le trio (Jamie XX, Romy Madley Croft et Oliver Sim). Retrouvailles avec un groupe au sommet de son art qui a réussi à transformer le site du festival en salle intime.

Nous buvions les paroles et les notes de musique des Crytalised, Say Something Loving et autres I Dare You et Angels comme autant de délices pour lesquels nous avions été privés trop longtemps. Et il fallait voir les sourires éclatants des membres du trio. Absolument ravis d’être réunis, absolument ravis de l’accueil du public.

Durant de longs moments durant le spectacle, les images projetées sur les écrans étaient en noir et blanc, accentuant l’effet intimiste. Un régal d’un bout à l’autre.

La finale partagée

Fin de soirée. Dilemme. Twenty One Pilots ou Geese? Les premiers sur la scène de la Rivière de 21h05 à 22h45 et les second sur la scène de la forêt, à dix bonnes minutes de marche, de 21h40 à 22h55. Et pourquoi pas les deux, quitte à en rater de grands bouts, mais afin de ne pas rater l’un ou l’autre?

Ce sera ça.

Le duo américain a fait fort : pétards, lance-flammes, pyrotechnie, lumières éblouissantes. L’enrobage était à la hauteur du répertoire proposé : explosif avec son condensé de pop, rock, rap et autres effluves penchant vers l’électro.

Le chanteur Tyler Joseph est arrivé cagoulé, comme s’il portait une combinaison de pilote, justement, remontant aux années 1940, avec un micro doté d’un long fil dont le micro était une boule lumineuse. Il s’est aussi promené au-dessus de la foule sur une rondelle rigide. Gros effet.

Twenty One Pilots/Photo courtoisie Evenko/Tim Snow

Cette foule, justement, chantait pas mal toutes les paroles des titres proposés. Communion, pourrait-on dire. Après une demi-heure, on se dirige à l’autre bout du site pour arriver juste à temps pour le début du set de Geese.

Ambiance complètement différente. Le groupe est presque constamment dans le noir, illuminé par le logo du band qui tournoie lentement sur l’écran derrière eux. Pas d’effet spéciaux, mais cette voix de Cameron Winter, presque aussi grave de la basse de son collègue et des guitares qui mordent et décapent.

Geese/Photo courtoisie Evenko/Benoit Rousseau

«Nous sommes Angine de Poitrine» a lancé Winter après la deuxième chanson, Getting Killed, qui les a révelé à un bien plus grand public, ajoutant aussi «je blague», après les éclats de rire des spectateurs.

Voix grave, Winter? Au terme de 100 horses, sauf erreur, je me suis fait la réflexion à voix haute que ce type avait des inflexions vocales à la Rufus Wainwright.

«C’est Rufus qui rocke» m’a répondu le programmateur Steve Marcoux. On a vu – et entendu – la même chose. Winter a fait jouer un bout de Hallelujah lors de la chanson suivante.

Geese n’a pas raté son retour ni démérité de la clameur du meilleur groupe indie du moment.

Histoire de ne pas être coincé sur l’Ile pour plus d’une heure à l’extinction des feux, de retour vers les grandes scènes pour la finale de Twenty One Pilots. Plus de tout ce qu’il y avait en début de concert, notamment, Stressed Out, leur plus grosse bombe.

Angine de Poitrine, samedi

Vous vous demandez pourquoi la référence à ADP dans le titre? Depuis 72 heures, Marc-André Mongrain, de Sors-tu.ca, soutient que le duo québécois planétaire va occuper, samedi, la case horaire de 16h50 laissée vacante depuis le début de la parution de l’horaire. Son analyse? ADP jouait au Rhode Island vendredi et joue à Lévis, dimanche. Pourquoi pas Montréal entre les deux.

La confirmation officieuse est venue vendredi, quand on a pu lire le nom d’Angine de Poitrine sur les t-shirts officiels. Et evenko a confirmé le tout samedi matin.

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