Osheaga, jour 2: Angine de Poitrine, Viagra Boys, Franz Ferdinand et Turnstile

Turnstile…en feu. Photo courtoisie Osheaga/Benoit Rousseau

«Tickets! Who sells tickets?»

Tiens, on ne l’avait pas entendue celle-là, la veille, en sortant du métro Parc Jean-Drapeau, au festival Osheaga. Peut-être bien parce qu’Angine de Poitrine n’était pas au programme.

Par Philippe Rezzonico

Remarquez, les revendeurs n’ont pas dû avoir trop de succès, vu que tous les forfaits de bracelets (pour deux ou trois jours) et les bracelets unitaires pour la journée de samedi étaient vendus avant la confirmation du festival de la venue des musiciens masqués, samedi matin.

Je doute fortement que des gens qui avaient déjà leurs bracelets s’en soient débarrassés après avoir appris que le duo québécois à la renommée la plus internationale qui soit allaient se produire à 16h50 sur la scène de la Rivière.

Si on a rapidement repéré un jeune couple vêtu de t-shirts d’Angine de Poitrine qui se prenait un auto-portait, on ne peut pas dire qu’il y avait une constellation de vêtements à pois sur le site, mais l’anticipation était pleinement mesurable.

Finn Wolfhard/Photo courtoisie Osheaga/Tim Snow

Ça ne nous a pas empêché de profiter des représentants locaux de Wolf Parade (solides) et de Finn Wolfhard (excellent), ce groupe d’Américains qui avaient des hauts d’uniformes dignes de ceux des ligues de baseball des années 1940 ou 1950, sauf pour la couleur (rose)…

La vie en pois

Mais tous les festivaliers prenaient place du mieux qu’il le pouvaient sur le site archi-bondé pour la venue du duo à pois. J’avais volontairement pris place pour le début de la prestation sur la toujours bavarde terrasse VIP, pour le point de vue, mais surtout pour mesurer s’il y avait un réel effet Angine de Poitrine.

Le site faisait salle comble dès 17 heures/Photo Rue Rezzonico

Dès les premières notes de Khn (guitare) et Klek (batterie) : l’effet a été foudroyant. Les femmes et les hommes qui faisaient le service se sont immédiatement immobilisés, comme toutes les serveuses au bar. Pensez-y… il n’y avait personne qui commandait un verre à ce long bar toujours plus assiégé que les révolutionnaires derrière leur barricade dans Les Misérables. Tout le monde s’est arrêté en même temps pour voir et écouter Angine de Poitrine. Fascinant.

Et le duo, qui a bénéficié de ce qui commence à ressembler à une production visuelle de plus en plus étoffée sur les écrans, a mis la pédale au plancher. Au Festival de jazz, il y a près d’un mois, Angine de Poitrine disposait d’une plage horaire de 90 minutes. Les boys avaient calibré leur set sur la durée, avec des moments placides et des tempêtes.

Bain de foule avec Angine de Poitrine/Photo Rue Rezzonico

Cette fois, ils n’en avaient que cinquante. On a l’impression qu’ils se sont dit : «O.K. Quelles sont nos instrumentales les plus blindées, les plus explosives?» Et nous avons eu droit à ça. De la dynamite sonore microtonale. La clameur qui a salué la fin de la prestation a dû être entendue jusqu’à Saint-Lambert.

Le programme triple déjanté

Parfois, on vit en festival des problèmes de logistique, comme vendredi, lorsque Twenty One Pilots et Geese sont programmés presque en même temps sur deux scènes à dix minutes de distance. Tantôt, on offrirait une bière aux organisateurs qui nous offrent Viagra Boys, Franz Ferdinand et Turnstile, en succession.

Le party de taverne

Quand on observe bien Viagra Boys, on se dit que le groupe suédois et son chanteur américain Sebastian Murphy pourrait être le band local de taverne de n’importe quelle ville, n’importe quel pays occidental. Chanteur et bassiste torse nus, tatoués complètement, canette de bière en mains – ou pas loin -, et musique vibrante pour faire danser n’importe qui, même le jeune père qui portait son enfant sur le dos à côté de moi.

Les Viagra Boys avec leur foule familiale et festive/Photo Rue Rezzonico

Mais ce n’est qu’une impression de surface, parce que Viagra Boys propose aussi des chansons à connotation sociale. Avant même qu’ils ne jouent une note, on voyait bien la mention avec le mot anxiety sur les écrans.

Au final, avec Man Made of Meat, Punk Rock Loser, Ain’t No Thief et Down In the Basement, cette mixture de rock, de punk, le tout sacrément trash, avec ce public dé-chaî-né, a mené à quelques-unes des scènes les plus exubérantes de la fin de semaine. Après dix minutes, ça chantait, ça dansait et ça se rentrait dedans comme ce n’était pas possible à l’avant-scène, Murphy se faisant même porter sur le dos à un moment. Et quel jam pour conclure la prestation. Avec un humidex aux alentours de 35 Celsius, il faisait chaud. Très chaud.

Le feu intact de Franz Ferdinand

De la taverne crasseuse des Viagra Boys, nous sommes passé au club bien net de Franz Ferdinand ou tout le monde était bien mis, mais pas moins engagé. Depuis la percée mondiale de l’album homonyme en 2004, les Écossais de Glasgow n’ont jamais perdu de vue ce qui avait fait leur succès.

Frank Ferdinand/Photo courtoisie Osheaga#Venoit Roussau

Comme d’habitude, le chanteur Alex Kapranos s’est adressé presque exclusivement en français à la foule, vantant son énergie, qui était communicative sur scène. La théorie des vases communicants, en quelque sorte.

Entre quelques chansons plus récentes, les festivaliers ont pu chanter très fort les Do You Want To, Walk Away, This Fire et, bien sûr, la désormais légendaire Take Me Out, qui a été aussi bombe qu’à ses débuts, parce que deux générations d’amateurs de musique veulent désormais l’entendre et que les boys et la fille de Franz Ferdinand, sourire permanents au visage, nous l’offrent comme si elle était née hier.

Alex Kapranos, de Franz Ferdinand/Photo courtoisie Oshega/Benoit Rousseau

La folie avec Turnstile

J’étais en train de recharger mon cellulaire sur l’une des bornes prévues à cet effet par le commanditaire national, quand un monsieur est venu faire la même chose en me demandant : «Tu connais-tu ça?» Ça, étant Turnstile, qui allait monter sur scène.

J’ai compris qu’il était parmi les fans de la première heure – quand la bande à Brendan Yates pouvait être assimilée au Hardcore – et qu’il aimait moins le virage plus soft, plus pop, voire, plus mélodique du groupe depuis deux albums. Je comprends ça. Les amateurs de U2 de la première heure ou vécu ça, eux aussi.

Sauf que Turnstile, en concert, ça demeure quand même un condensé de fougue, de guitares hurlantes, de tempos lourds et de folie débridée.

Et, sincèrement, ce fut la folie…

Les Américaisn de Turnstile/Photo courtoisie Osheaga#Benoit Rousseau

Plus d’une heure après le moshpit débile de Viagra Boys, nous avions droit à celui, violent et incandescent, de Turnstile. L’effet était d’autant plus saisissant que les écrans nous montraient les festivaliers se pilonner les uns les autres tels des autos tamponneuses au Parc Belmont ou à La Ronde.

T. L. C (Turnstile Love Connection) a lance un party qui a perduré par la suite, et ce, peu importe ce que le groupe proposait sur les planches. Une immense claque pour conclure le triplé le plus intense du festival.

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