
La dernière fois que Lorde s’est produite en tête d’affiche au festival Osheaga, en 2017, la Néo-Zélandaise avait livré son spectacle sous la pluie. Lorsque Of Monsters and Men avait attiré une foule monstre de 10 000 spectateurs – pour l’époque -, en 2012, à la scène de la Vallée, il avait plu toute la journée.
Par Philippe Rezzonico
Sans céder aux théories de complot météorologique, il était quand même stupéfiant de voir que les mêmes conditions prévalaient, dimanche, avec la présence de Lorde en tête d’affiche et de Of Monsters and Men sur la scène de la Vallée, en cette dernière journée du festival… de 2026.
Il y avait en général deux groupes de festivaliers, hier: ceux et celles qui arboraient le toujours moche mais diablement efficace poncho dans les circonstances et ceux et celles qui s’en foutaient royalement et qui étaient trempés comme après un plongeon dans une piscine.

Lumineuse Zara
En dépit de cette grisaille, il y avait des rayons de soleil comme Zara Larsson. La Suédoise a irradié la scène de la Rivière de sa présence en début de soirée comme si nous avions le même temps beau et chaud des journées précédentes.

Ironiquement, elle a été tout ce que Tate McRae n’avait pas ou peu été la veille au soir sur cette même scène : chaleureuse, enjouée, spontanée et rigolote au sein d’une production qui ne sentait pas le chiqué de Las Vegas. Le moment durant lequel elle a partagé la scène avec une petite fille nommée Olivia pour une danse synchronisée – populaire sur Tik Tok – était du tonnerre. Un rayon de soleil pop lors d’une journée météo merdique.
Sans cesser complètement, la pluie était bien moins compacte lorsque Lorde s’est pointée sur scène, à 21 heures. La chanteuse a rapidement enfilé un cotton ouaté dont elle s’est départie un peu plus tard.
Charisme et expérience
Révélée à ce même festival en 2014, alors qu’elle n’avait que 17 ans, Lorde n’a rien perdu de son charisme et elle a désormais plus d’une décennie de métier derrière elle, ce qu’elle a amplement démontré.
Dès son entrée, on voit sur les écrans un appareil qui nous montre les signes vitaux (pouls, pression) de la chanteuse, une fontaine pour se rafraîchir dans le coin gauche et des blocs rectangulaires au centre de la scène qui serviront de plateforme surélevée, de défouloir et d’écran, selon les besoins des chansons. Quand tu te permets d’expédier Royals comme deuxième titre, tu comprends que Lorde a désormais un répertoire blindé.
Les plans de caméras qui ont capté les mouvements de l’artiste, de ses musiciens et des ses danseurs étaient découpés à vitesse folle, et en plans – très rapprochés – de la chanteuse, au point que l’ont pouvait ressentir autant que voir ses états d’âmes lors des interprétations de Perfect Places, Shapeshifter, Buzzcut – doublée d’une chorégraphie inventive avec ses deux danseurs – et Current Affairs, quand elle était juchée sur un des blocs très haut au-dessus des planches.

Lorde a pris le temps de remercier cette foule qui l’a vu grandir en rappelant qu’elle était accompagnée par sa mère lors de ses premiers passages chez nous. Toujours intense, l’artiste laisse encore, à l’occasion, son corps prendre le contrôle de tout son être, quand ses trépignements semblent être presque désordonnés, mais elle canalise ses émotions de différentes manières.
Sa reprise de Girl, So Confusing, de Charlie xcx, provoque quelque chose qui ressemble à un exutoire collectif et elle boucle avec panache son concert – et le festival en lui-même – avec une version de Ribs durant laquelle elle se rend au milieu des spectateurs. Quelque chose comme une apothéose, finalement.