FIJM, jour 4 I La symphonie de St-Vincent, la soufflerie de Kamasi

St-Vincent avec orchestre, dimanche, à la salle Wilfrid-Pelletier/Photo courtoisie FIJM/Victor Diaz Lamich

L’image était digne de la comédie musicale du film The Devil’s Wears Prada, vue à Londres l’an dernier, lors du premier rappel du concert symphonique de St-Vincent, dimanche, à la salle Wilfrid-Pelletier.

Par Philippe Rezzonico

Anne Erin Clark, vêtue d’un superbe tailleur, allongée sur la scène, jambes recroquevillées vers le ciel, permettant ainsi de voir ses splendides souliers rouges, qui interprète sur le ventre Candy Darling, accompagnée du «Montreal symphonic jazz orchestra» : image de classe feutrée, mais empreinte d’un brin de folie, le tout, dans un écrin musical raffiné.

Quand on y pense bien, ce moment résumait plutôt bien ce que les festivaliers du Festival de jazz venaient de voir depuis une heure et demie.

St-Vincent symphonique? Pourquoi pas? Depuis que Metallica l’a fait il y a plus de deux décennies, la fusion du monde classique et de n’importe quel autre univers musical (pop, rock, metal, prog, etc.) est permis.

Ça faisait tout drôle de voir l’Américaine dans cet environnement, elle qui nous a habitué à des accoutrements spectaculaires lors de ses récents passages au festival Osheaga. Encore plus de la voir concentrée sur son chant en ouverture. Complètement investie, elle s’est illustrée durant Hell is Near et Reckless.

Photo courtoisie FIJM/Victor Diaz Lamich

Il y a deux semaines, aux Francos de Montréal, Pierre Lapointe a fait le paru qu’il pouvait s’offrir l’intégrale de La forêt des mal-aimés sans piano. St-Vincent n’a pas poussé l’audace à ce point et elle a renoué avec son instrument de prédilection (la guitare électrique) à la quatrième chanson proposée. La foule a réagi avec satisfaction.

Même si St-Vincent avait son batteur et sa bassiste avec elle – quoique, intégrés parmi les musiciens de l’orchestre, ce dernier n’était pas là que pour apporter une coloration discrète. La cascade des violons durant Violent Times et la finale presque atomique pour The Nowhere Inn en étaient la preuve.

L’artiste a lancé un «Let’s have fun!» avant d’amorcer le dernier droit et de décoiffer avec affection l’un des violoncellistes et d’arpenter avec fougue la scène à reculons, guitare en mains. New York, New York a été reçue avec l’enthousiasme d’un concert rock, les festivaliers battant la mesure et saluant la présence de St-Vincent au parterre.

Photo courtoisie FIJM/Victor Diaz Lamich

Lorsque Slow Disco a mis fin au spectacle, tout le monde était convaincu que l’œuvre musicale de St-Vincent se prêtait à l’exercice symphonique. Et que cette tournée allait peut-être lui ouvrir des horizons encore plus larges.

La soufflerie humaine

En me dirigeant vers la Place des festivals, la question trotait dans ma tête : est-ce que ça peut être aussi bon que la dernière fois?

Cette dernière fois, c’était en 2022, lorsque le saxophoniste Kamasi Washington et ses collègues nous avaient soufflés, au sens propre comme au figuré.

Kamasi Washington/Photo courtoisie FIJM/Victor Diaz Lamich

Même chose hier soir. Je n’ai pas vécu la même immersion qu’il y a quelques années, puisque arrivé après 40 minutes de prestation, mais les 50 restantes étaient tout autant explosives et délectables que naguère.

Avec un souffle qui n’a que peu d’égal, Washington peut déplacer des montagnes avec ses solos qui décoiffent. Héritier spirituel de Pharoah Sanders – pour le look et les harmonies -, John Coltrane et Sun Ra – pour le son – et Sonny Rollins – pour la puissance -, le massif artiste s’abreuve à plein de styles musicaux qui rendent ses offrandes appétissantes aux puristes de jazz et aux amateurs de sonorités contemporaines.

Rickey Washingtin en action devant son fils, Kamasi, et ses collègues./Photo courtoisie FIJM/Victor Diaz Lamich.

Et lorsque Mosley, en fin de parcours, nous balance la ligne de basse de Seven Nation Army, des White Stripes, quand le collectif nous offre Prologue (Tango Apasionada), d’Astor Piazzolla, tu comprends pourquoi ils sont populaires auprès de plusieurs générations.

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