FIJM, Jour 7 I Melody Gardot et Larkin Poe: histoires de mères et de famille

Rebecca Lovell, de Larkin Poe/Photo courtoisie FIJM/Victor Diaz Lamich

Plus assurée, plus imprévisible, plus spectaculaire et plus… là où ne l’attendait pas. Quoique, quand on connaît son passé, faut-il s’étonner du moment présent vécu, mercredi soir, avec Melody Gardot?

Par Philippe Rezzonico

Il est indiscutable que si l’on montrait à quiconque des bouts de film de son premier passage au Festival international de Montréal, en 2008, au Théâtre du Nouveau Monde, et d’autres, filmés hier soir, à la salle Wilfrid-Pelletier, il pourrait penser qu’il ne s’agit pas de la même artiste, hormis la voix et le port de lunettes noires.

Il y a bientôt deux décennies, Melody Gardot était Introvertie, frêle, entourée d’une aura de mystère, et elle avait besoin d’une canne en raison des séquelles d’un accident qui avait faillit lui coûter la vie quelques années plus tôt. De nos jours, elle est désormais extrovertie, solide, bavarde – on adore – et elle ne cesse de danser sur les planches.

Mais cet écart styliste digne du grand canyon est néanmoins bien moins frappant pour quiconque ayant assisté à tous les passages de l’Américaine francophile au FIJM depuis 2008, comme l’auteur de ces lignes. Cette transformation, nous l’avons vu prendre forme un peu plus à chaque virée à Montréal. Et, une fois encore, Melody Gardot a réussi à nous surprendre, lors du premier de ses deux concerts au FIJM.

Maman depuis le mois de décembre dernier, l’artiste a amplement fait allusion à sa nouvelle réalité lors de ses nombreuses interventions dans les deux langues auprès du public. La progéniture était en coulisses, si j’ai bien compris. Voilà pour le plan personnel. Pour ce qui est du volet artistique, elle était accompagnée par une section de cordes de chez nous (pas une première), et d’un collectif dont les influences latines et afro-américaines étaient omniprésentes. Ce sont d’ailleurs les musiciens qui ont fait une longue entrée instrumentale rythmée avant l’arrivée de la chanteuse et de l’interprétation de The Rain.

Melody Gardot ayant refusé l’accès aux photographes, nous mettons en ligne cette splendide photo qui n’a rien à voir avec le concert. Photo courtoisie FIJM

Nous étions en terrain connu pour l’interprétation de C’est magnifique, somptueuse chanson que l’on pourrait qualifier de bijou musical digne des années 1960. D’ailleurs, le clip de cette œuvre est de cette eau. Gardot la partage avec son pianiste et les effluves bossa pourraien nous ramener carrément à Astrud Gilberto. Magnifique finale à la trompette.

On a retrouvé la Melody – presque des débuts – avec Our Love Is Easy : envoutante et mystérieuse, elle nous offre ce bijou sur un lit de cuivres et de cordes dans une ambiance feutrée. La chanteuse prend aussi l’avant-plan pour une belle et touchante interprétation de Moon River, avec nous avoir expliqué comment le réalisateur de la version avec Ella Fitzgerald l’a convaincu d’enregistrer le classique. De toute beauté.

Les étoiles lui permet de s’exprimer vocalement en français avec son groupe à l’avant-scène avant l’électrio-choc de la soirée. Une fois assise au piano – une première depuis le début, Gardot nous explique qu’elle a fait venir des amis de loin pour la suite. De loin? Plutôt, oui. Rien de moins qu’un chœur de jeunes provenant d’Afrique du Sud.

L’explosion chorale

Dès lors, sa version de Morning Sun prend une couleur complètement différente de ce qu’elle est d’ordinaire. Portée par l’énergie du chœur, l’ajout du group de Gardot et de la section de cordes, tous et toutes nous offrent une interprétation qui oscille entre le doux (au début) et la tempête (la finale) dans un enthousiasme communicatif.

Melody quitte son tabouret et danse avec abandon pour la suite, She Don’t Know, moment ou l’on se demande si nous ne sommes pas dans une église noire du Sud des États-Unis ou à Soweto. La chanteuse bat la mesure et la foule suit le pas. Ça décoiffe.

Elle se sert une dernière fois du chœur durant Preacher Man, lorsqu’elle prend place sur un tabouret central, guitare électrique entre les mains, avant de conclure uniquement avec la section de cordes par une interprétation savoureuse de La chanson des vieux amants, de Brel, plaisir qu’elle nous avait déjà offert dans le passé.

Quelle Melody verrons-nous la prochaine fois? On a déjà hâte de le savoir.

Les guitares familiales

Suis arrivé sur la Place des festivals après vingt minutes de prestation de Larkin Poe, le duo de sœurs américaines dont les guitares rugissent de plaisir. Au moment où les sœurs Rebecca et Megan Lovell amorçaient Bluephoria, durant laquelle le petite sœur, Rebecca, chanteuse principale, avait des allures de prêtresse.

Versant plus dans le folk acoustique à leurs début, Larkin Poe, dont l’ancêtre de quatre ou cinq générations était lié à Edgar Allan Poe, semble-t-il, a pris de l’ampleur au cours des ans. Rebecca (guitare) et Megan (lap steel) ont développé un son plus musclé qui leur permet de s’approprier de grands espaces.

Rebecca et Megan Lovell, de Larkin Poe/Photo courtoisie FIJM/Victor Diaz Lamich

Cela dit, les sœurs ont un son résolument sudiste. Il fallait les entendre intégrer des lignes de guitare dignes des Allman Brothers, ici et là.

Entre If God Is a Woman, Kick the Blues ou Preachin’ the Blues, cette dernière, de Son House, Rebecca n’a cessé de nous parler de son nouveau rôle de mère avec son petit garçon de 11 mois qui lui a demandé : «parlez-vous français?» en la réveillant à quatre heures du matin. La blague – le fait français, pas le réveil en pleine nuit – a bien fait rigoler et a démontré que le duo savait parfaitement où il se trouvait.

Les sœurs n’ont pas vraiment levé le pied de l’accélérateur d’y la fin de leur concert qui s’est conclu sur une version particulièrement percutante de Bolts Cutter & The Family Name. Quand on y pense, une référence familiale était toute indiquée pour conclure cette soirée

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