
On a tous, un jour ou l’autre, décalé nos célébrations lors d’une fin de semaine lorsque la date d’anniversaire tombait dans la semaine. C’est un peu ce qu’Ariane Roy a fait samedi soir, au MTelus, faisant en définitive d’une pierre deux coups.
Par Philippe Rezzonico
Première célébration: son anniversaire de naissance, le 29e au compteur, deux jours avant le concert. Elle l’a d’ailleurs souligné durant la soirée avant la toute première interprétation sur scène de Bonne fête – première bonne impression -, une chanson inédite parue le mois dernier sur l’édition de luxe de son disque Dogue, qui a vu le jour il y a un an cette semaine. Autre anniversaire, donc.
Cela fait 11 mois que l’autrice-compositrice et interprète sillonne le Québec avec son spectacle. Et pour cette première soirée en tête d’affiche dans cette salle où elle a triomphé avec Thierry Larose et Lou-Adriane Cassidy (Le Roy, la Rose et le Lou[p]), l’artiste n’a pas lésiné sur les moyens. Et comme pour toutes les grandes soirées d’anniversaire, Ariane Roy avait amené des tas de collègues pour faire la fête.
Outre le déjà fort complet groupe formé de Dominique Plante (guitare, basse), de Pierre-Emmanuel Beaudoin (batterie), d’Odile Marmet-Rochefort (synthétiseurs) et de Vincent Graton (claviers), nous avions droit à un saxophoniste/flutiste (Félix Petit), trois choristes (Jeanne Laforest, Judith Little-D, Marie Gilaine Louis) et deux danseuses (Eva Carrubba, Stéphanie Hébert). Disons qu’on a vu des tas de concerts au Centre Bell avec moins d’accompagnateurs sur scène en 40 ans. Ariane Roy s’est payée la totale.

Avec ses cheveux tressés et un ensemble dont la jupe lui donnait des allures de ballerine punk, Roy a bien tiré parti d’une plateforme surélevée au fond de la scène, des qualités vocales et d’instrumentistes de son groupe élargi et des éclairages raffinés de Raoul Beaudin.
Alternant des titres mordants au sens propre comme au figuré (Dogue) à des chansons très personnelles comme Âmes sœurs (elle et Lou-Adriane) et Une cigarette sur le balcon (souvenir partagé avec sa mère), Roy varie ses ambiances (formidable durant Si je rampe) du tout au tout en un claquement de doigts.
Parfois, elle enchaîne ses œuvres sans temps mort, créant des crescendos (Agneau, Mordre, Tous mes hommages, I. W. Y. B.) de calibre atomique durant lesquels les harmonies de ses choristes frisent le chant liturgique pendant que ses danseuses sautillent avec elle et que la guitare et le sax s’entrecroisent dans un chaos jouissif.
Celle dont tellement de jeunes femmes se reconnaissent en elle a autant de voix, que de chien que de présence de scène. Et elle fait réagir son public au doigt et à l’œil durant I. W. Y. B., quand elle lui demande de s’agenouiller avec de s’éclater vers le ciel. Le Métropolis a explosé de bonheur et de plaisir.

Une splendide version de Ce n’est pas la chance nous a permis de reprendre notre souffle avant que la frénésie revienne au galop lorsque la foule a battu la mesure d’une version vivifiante de Tu voulais parler.
Vivifiante est un qualificatif qui colle bien à la peau de Virginie B, qui s’était acquitté avec succès de la première partie. Elle est venue rejoindre Roy pour partager un duo déjanté de All the Things She Said. Notez bien, la version de 2002 de t.A.T.u., pas celle de 1985 de Simple Minds…
Durant Fille à porter, qui a conclu cette prestation intense et méritoire au possible, Ariane Roy s’est assisse sur la scène pour écouter la foule chanter: «Serre-moi plus fort, Fais de ton mieux/Donne-moi tout ce que tu veux, Dis-moi ton nom que je l’efface».
Pour n’importe quel artiste, un tel moment d’éternité confirme qu’il ou elle a atteint plus qu’une forme de reconnaissance, mais bien une forme de pérennité. Et c’était probablement le plus beau cadeau d’anniversaire que le public pouvait lui faire.