Ariane Moffatt : Crevée avec éclat, la bulle!

Ariane Moffat, rayonnante, a livré son disque MA en totalité. Photo Catherine Lefebvre.

MA : titre du nouveau disque d’Ariane Moffatt, représente «une expérience sensorielle du vide en tant que substance, l’intervalle, la durée, la distance, non pas celle qui sépare, mais celle qui relie.» Ce n’est pas moi qui le dis. C’est écrit à l’intérieur de la pochette de l’album. Croyez-nous sur parole, mercredi, au théâtre Rialto, il n’y avait pas d’espace ni aucun vide à combler.

Par Philippe Rezzonico

Il y a des lancements d’album et il y a des mises en orbite. Celui d’Ariane Moffatt entrait dans la deuxième catégorie. Zéro distance entre le voisin à ta droite ou à ta gauche sur le parterre, tant le vieux théâtre rénové de l’avenue du Parc était bondé.

Et, rayon lancement, celui-là n’était pas chiche. Ariane l’a elle-même désigné comme étant son « show-lancement ». Cette appellation nous semble néanmoins réductrice. Quand tu joues l’intégralité de ton nouvel album en séquence et huit de tes anciennes chansons, ça commence à ressembler à un show tout court. En fait, avec ses cinq musiciens, trois ou quatre claviers, des décors et des effets au laser, ce lancement était digne de certaines rentrées montréalaises.

Visiblement, la chanteuse, auteure, compositrice, musicienne, arrangeuse, réalisatrice et productrice – excusez du peu – n’en pouvait plus de s’être terrée dans son studio tel un ermite. A un moment, faut que ça sorte. «C’est l’fun les twits et les facebook, mais on est content de se retrouver ensemble.»

Concrètement, Ariane voulait crever sa bulle, mesurer l’impact de ses nouvelles compositions et voir à quel point ses succès retravaillés à la sauce MA pouvaient tenir la route. Convaincant à tous points de vue.

Le mur du son

Déjà diablement accrocheuses sur disque, les chansons de cet album bilingue qu’est MA offrent des tas de possibilités. La bien nommée Walls of the World semble charpentée sur un mur du son digne de celui de Phil Spector, In Your Body est prétexte pour la musicienne de doubler la mise rythmique avec son apport à la batterie et Too Late repose sur une irrésistible pulsion qui incite tout le monde à danser.

Nappées de claviers, les nouvelles compositions n’en conservent pas moins un fort apport mélodique. Particulièrement évident sur l’écologique La pluie et le beau temps, All Yours et Rules of Legal Love, qu’Ariane a partagée avec la chanteuse Katie Moore, une collègue artiste du Mile End où elle réside.

Claviers, guitare et, bien sûr, batterie. Ariane, la femme orchestre. Photo Catherine Lefevbre.

Comme d’habitude, Ariane Moffatt  passe de la console aux claviers, à la batterie ou à la guitare. Elle veut tout et elle sait aussi tout faire… Même si elle est à la tête d’un tout nouveau groupe formé de Serge Nakauchi Pelletier (guitares), Lisa Iwanychi (claviers), Jonathan Dauphinais (basse) et Patrick Sayers (batterie), on a vu à quel point tout ce beau monde trouvait déjà le moyen d’accélérer les tempos et d’étirer des passages.

Jams, avez-vous dit ? A entendre les finales de L’homme dans l’automobile et Sourire sincère, on a hâte de réentendre ces chansons-là dans six ou sept mois.

D’autant plus que les anciennes compos ont été retravaillées pour s’intégrer au nouveau matériel. Peu de variantes pour Hiver Mile End, Combustion lente ou Be My Baby, qui s’est transformée en magnifique chant choral avec la foule, mais pour le reste….

L’équilibre, avec son beat battement de cœur et sa conclusion violente, n’était pas loin d’être méconnaissable. Mais avec sa tonne d’écho, sa rythmique modifiée et son enrobage reggae-électro, Montréal était carrément métamorphosée. Tout comme Réverbère d’ailleurs, dont cette version fera le régal des clubs si elle est enregistrée comme on l’a entendue mercredi.

Quand Ariane est revenue pour offrir l’ultime rappel (Je veux tout), elle a dû mettre ses mains sur ses oreilles tant l’ovation était tonitruante. On l’a dit tout en haut. Il n’y a pas de vide à combler. Que des tas de nouveaux sons à entendre. Ça augure bien pour la suite.

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