Le week-end de la majorité pour le festival Osheaga

Luke Spiller, des Struts, en suspension durant sa prestation. Photo Tim Snow/Courtoisie evenko

Dix-huit ans. La majorité. L’âge adulte. La présentation de l’édition 2025 du Festival Osheaga se veut la 18e de son histoire.

Par Philippe Rezzonico

N’eut été une mortelle pandémie, ça aurait été la 20e, mais le chiffre mérite d’être souligné en ce premier week-end du mois d’août, ne fut-ce que pour mesurer le temps qui passe.

Le passé au présent

The Struts, tiens. Si le groupe britannique avait lancé son premier disque en 2004 plutôt que lors de la décennie suivante, il aurait assurément été sur scène en début de soirée, peu de temps avant Sonic Youth, première tête d’affiche de l’édition inaugurale d’Osheaga en 2006.

Mais les temps ont changé et le hip hop et le R&B moderne ont pris la place du Rock and Roll comme courant musical dominant. Bref, The Struts étaient sur la scène de la rivière à 15h25, mais ils ont livré le même genre de performance qu’ils offrent dans une salle en soirée. C’est-à-dire, explosive.

Photo Tim Snow/Courtoisie enveko

En 45 minutes tassées comme le meilleur espresso qui soit, la bande à Luke Spiller a mis la pédale au plancher sans lever le pied. Et comme on souligne plus ou moins cet été les dix ans de l’album Everybody Wants, nous avons eu notre part de chansons remuantes et vivifiantes du disque, notamment Kiss This, Dirty Sex Money et Put Your Money On Me.

Malgré l’énergie déployée par ses collègues, c’est Spiller, encore et toujours, qui vole le spectacle. Celui qui pourrait être le petit-fils de Freddie Mercury – rayon look – a aussi une voix puissante dans les mêmes tonalités – sans être opératique – et il se démène comme Mick Jagger. Une combinaison gagnante qui transforme chaque offrande – Primadonna Like Me, Pretty Vicious, Body Talks – comme un brûlot.

Tim Snow/Gracieuseté evenko

Quand les gars de Derby ont bouclé la bouclé avec Could Have Been Me, leur bombe de Everybody Wants qui aurait pu être une chanson de Queen tellement les influences sont évidentes, le festival était officiellement commencé.

Tango

Je n’avais pas écouté les chansons de Funny Little Fears, album individuel paru cette année de Damiano David, chanteur du groupe italien Maneskin. Je me dirigeais vers les scènes éloignées quand une mélodie en provenance de la scène de la montagne m’a happée comme une irrésistible crème glacée. Tango est le nom de cette chanson à faire pleurer de bonheur les types dans mon genre qui sont des amants mélodistes. Ma nouvelle chanson préférée de la semaine.

La scène de l’île

Les amateurs d’Osheaga sont familiers avec la scène qui fait la part belle aux DJ, et ce, peu importe l’appellation de ladite scène au cours des ans. Cela souligné, la scène de l’île a peut-être droit au plus beau site de son histoire.

Le superbe emplacement de la scène de l’Ile/Gracieuseté envenko

Pas si éloignée de son emplacement habituel, son orientation est différente et on a droit à une bienvenue zone d’ombre près des concessions à bouffe et à boire. J’en ai profité pour engouffrer un hot dog pendant que le duo Shermanology officiait aux platines.

Bien plus que le frère de l’autre

Finneas O’Connell, connu mondialement comme était le frère sanguin et musical de sa sœur Billie Eilish, a épaté la galerie à plus d’un égard. Celui qui est d’une discrétion exemplaire aux côtés de sa frangine a fait preuve d’un entregent et d’une chaleur qu’on ne lui connaissait pas avec son propre groupe.

Photo Tim Snow/Gracieuseté evenko

Soulignant le plaisir qu’il a eu dans le passé dans notre coin de pays, il est passé de la guitare au piano et de chansons dynamiques à des ballades à couper le souffle. Il a même offert une première, Till Forever Falls Apart, chanson partagée avec Ashe qui sera sur son prochain disque à paraître en septembre. Ma deuxième nouvelle chanson préférée de la semaine…

Lucy Dacus

Quand on y pense, cette journée de vendredi était beaucoup celle des projets individuels pour nombre d’artistes. Ce fut le cas aussi pour Lucy Dacus, également membre de Boygenius.

Lucy Dacus (à droite) et les membres de son groupe/Tim Snow/Courtoisie envenko

Quelle belle surprise que cette prestation qui allait à la fois raffinement et solos déchainés, chansons goûteuses – celles de son disque Forever Is A Feeling – et authenticité. Pas vu le temps passer.

La machine à tubes

Et The Killers (tête d’affiche), après tout ça? Un joli salut à la culture d’ici en faisant jouer Safety Dance, de Men Without Hats, avant de monter sur scène, et une entrée atomique avec Mr. Brightside, leur chanson la plus rassembleuse qui, selon mes jeunes collègues de La Presse, a été écouté plus de deux milliards de fois sur la plateforme Spotify, celle qui refuse de payer des redevances décentes aux artistes…

Considérant le nombre de tubes concoctés par le groupe de Las Vegas en deux décennies, ce départ canon n’allait pas causer de vide derrière. Tiré à quatre épingles dans son costume turquoise, le chanteur Brandon Flowers avait l’air de l’animateur Dick Clark à la tête d’un groupe rock contemporain.

Brandon Flowers/Photo courtoisie The Killers

Flowers respecte son public. Deux fois, durant Spaceman et Human, il a interrompu le concert en raison de spectateurs qui avaient besoin d’assistance dans la foule. Et il aime les artistes qui, visiblement, aiment The Killers. À preuve, l’arrivée de Lucy Dacus pour le partage de Read My Mind, elle qui semblait heureuse comme une gamine de 15 ans de chanter avec – je présume – l’unes de ses idoles.

Sinon, Flowers a été égal à lui-même : une voix aussi assurée et puissante que son intensité sur scène durant Smile Like You Mean It, When You Were Young, Shot at the Night et Somebody Told Me, le premier succès du groupe qui a balayé le parterre du parc Jean-Drapeau comme une onde de choc.

Vu : une jeune femme portant à l’arrière de son short cette affirmation : Good girls go to Heaven. Bad girls go to New Jersey. Je ne lui ai pas demandé si elle venait du New Jersey où si elle y était allée.

La classe vestimentaire : Historiquement, ce sont les femmes qui éblouissent d’audace sur les scènes d’Osheaga. Mais vendredi, certains messieurs avaient de la classe. Brandon Flowers, des Killers, dont on parlait plus haut, avec son complet turquoise et sa boutonnière; Luke Spiller, des Struts, avec son complet couleur terre cuite et ses souliers blancs, et Damiano David, avec son large pantalon bleu et sa chemise blanche, immaculée.

Le contrôle de l’image : En 2008, déjà en tête d’affiche, The Killers avaient fait râler les gens des quotidiens – c’était bien avant les blogues – en interdisant aux photographes de prendre des photos. Ce n’était pas nouveau, Dylan avait fait de même au Centre Molson en 2002. Mais c’était rarissime. Plus maintenant.

Non seulement The Killers ont fait la même chose vendredi soir avec les photographes et les vidéastes – les photos de leur photographe officiel étaient disponibles samedi matin -, mais de plus en plus de jeunes artistes font la même chose de nos jours note le critique et créateur du site Sors-tu.ca, Marc-André Mongrain. Sinon, on permet les photos d’une tierce partie – généralement, le producteur -, mais sur approbation à venir. Comme Lucy Ducas, vendredi soir, d’ailleurs. Là aussi, les photos étaient disponibles samedi matin,

Avant de mettre ce texte en ligne, j’avais vu des dizaines de photos toutes croches des Killers et des vidéos bancales au possible circuler dans le cyberespace. À quoi rime ce contrôle de l’image envers les photographes et les vidéastes professionnels en 2025 quand le type saoul dans la première rangée peut publier des photos et des clips boboches sur ses réseaux sociaux?