Oshega, jour 3 : une finale rock dynamitée

Cage the Elephant met le feu aux poudres/Tim Snow/Courtoisie envenko

Dans un festival regroupant tant de groupes et d’artistes d’allégeances musicales différentes comme Osheaga, chaque festivalier peut se concocter un parcours selon ses préférences personnelles.

Par Philippe Rezzonico

Dimanche, en clôture de l’édition 2025, il ne fallait pas chercher loin pour s’éclater au son des guitares tant le rock – parfois plus discret ces dernières années – était partout.

Survol de trois concerts mémorables dans le genre.

The Beaches

Il y a eu The Ronettes, The Runaways, The Go-Go’s, Babes In Toyland et Sleater-Kinney. Toutes les générations musicales ont eu droit à leurs groupes de filles. De nos jours, ce sont The Beaches qui font mouche.

Photo Tim Snow/Courtoisie evenko

Le groupe torontois identifié à la communauté LGBTQ+ a cassé la baraque en début de soirée devant un public majoritairement féminin et déchainé.

Les sœurs Jordan et Kylie Miller, Leandra Earl et Eliza Enman-McDaniel ont asséné des claques sonores mâtinées de courants pop, rock et punk à travers une fournée de chansons ont qui parlent de masturbation féminine (Touch Myself), de fêtes à n’en plus finir (Last Girls at the Party) et des fautes de leur ex (Blame Brett).

Tim Snow/Courtoisie evenko

Moins pop que The Ronettes, une peu moins menaçantes que The Runnaways et nettement moins grunge que Sleater Kinney, The Beaches ont encore plus d’attitude que Babes In Toyland et d’énergie que les Go-Go’s. Mais en définitive, elles sont elles-mêmes dans cet environnement contemporain qui est le leur face à des milliers d’admiratrices qu’on pourrait désigner comme The Osheaguettes. Un super moment.

Tim Snow/Courtoisie evenko

Cage The Elephant

Américains du Kentucky relocalisés en Angleterre depuis des lustres, les gars de Cage The Elephant n’ont jamais déçu lors de leurs passages à Montréal ou au festival Osheaga. Et ce fut encore le cas dimanche.

Il faut noter que le chanteur Matt Shultz, désormais dans la jeune quarantaine, saute, virevolte et fait tournoyer son micro comme s’il avait encore 25 ans. Il fallait le voir s’envoler au sommet dudit micro durant Spiderhead. Tom Holland pourrait prendre des cours pour son personnage de Spider-Man… Et son frère guitariste n’est pas économe de solos à martyriser les tympans. Ajoutez des chansons percutantes qui ont du vécu et vous avez la recette pour une thérapie de rock salutaire.

Matt Shultz en action/Tim Snow/Courtoisie evenko.

Neon Pill, Mess Around et Ain’t No Rest For the Wicked ont été de formidables salves de rock jouissif qui ont mis la table pour Telescope et sa marée de cellulaires et le doublé final formé de Cigarettes Daydreams (chantée par l’immense foule) et Come a Little Closer. Du tonnerre.

Olivia Rodrigo

Quelques jours avant son passage à Osheaga, j’ai vu la vidéo d’Olivia Rodrigo qui partageait sa scène avec Weezer au festival Coachella. Je me suis alors dit que j’allais peut-être aimer plus que prévu sa prestation à Montréal.

C’est le moins que l’on puisse dire…

De son entrée sur scène après la mise en bouche de We Got The Beat des Go-Go’s – bel hommage -, jusqu’aux rappels, la jeune américaine de 22 ans a dynamisé et dynamité le parc Jean-Drapeau. Et quand elle offrait ses ballades de ruptures, les dizaines de milliers d’adolescentes et de jeunes femmes hurlaient les couplets et les refrains de toutes les chansons avec elle, dépassant de loin le simple chœur collectif que l’on voit dans de tels grands rassemblements.

Tim Snow/Courtoisie evenko

C’était aussi impressionnant que stupéfiant durant Obessed et Ballad of a Homeschooled Girl que pendant Traitor, Driver’s license et Happier, cette dernière avec la plus hallucinante levée de cellulaires illuminés de mémoire. Et on en a vu quelques-unes…

On comprend des millions de jeunes femmes s’identifient à Rodrigo pour la fougue, l’assurance et cette capacité de lapider ses ex. Et elle le fait avec un band presque qu’exclusivement féminin où les solos de guitare et le tambourinage de peaux de batterie sont monnaie courante.

Pour ce dernier concert de sa tournée, elle a interprété All I Want – d’ordinaire pas au programme – et elle a demandé à la foule monstre de lâcher son fou avec un cri primal durant Dejà vu. C’était assourdissant. J’étais au beau milieu du parterre. Je suis sourd aujourd’hui.

Tim Snow/Courtoisie evenko

Rodrigo a cogné fort durant les rappels avec Brutal et All American Bitch, avant d’enchaîner avec un doublé (Good 4 u, Get Him Back!) qui a renvoyé tout le monde pleinement satisfait à la maison.

Finalement, le rock n’est pas mort. Ce sont simplement de nouveaux visages qui en sont les porte-étendards des moutures contemporaines.