Passer du temps sur la route avec Vincent Vallières

Vincent Vallières/Photo courtoisie/Rose Cormier

Le temps a toujours eu une importance primordiale dans l’œuvre chansonnière de Vincent Vallières. Personne n’est donc tombé en bas de sa chaise quand il a lancé son plus récent disque, Les saisons, les secondes, grandement inspiré de sa précédente tournée en solo à travers le Québec.

Par Philippe Rezzonico

Encore là, son nouveau spectacle ne nomme Au travers de la route. Avec Vallières, ça ne manque pas. Le temps passe, rapidement ou lentement, mais il se mesure très souvent au périple parcouru.

Le sien, de périple, est désormais de plus d’un quart de siècle. Trente arpents, son premier disque, étant sorti dans le précédent siècle, ce qu’il s’est permis de rappeler à ses fidèles dans un Métropolis bondé. Non, il n’y a pas d’erreur d’appellation. Vallières, comme Ariane Moffatt et tant d’autres artistes de chez nous, désigne toujours la salle du 59 rue Ste-Catherine Est comme étant le Métropolis.

Bien mieux, jeudi soir, lors de sa rentrée montréalaise, il a dénoncé les appellations corporatives et plein d’autres choses qui ne tournent pas rond sur notre planète lors de son intervention qu’on qualifierait de show stopper durant Café Lézard.

Vallières, homme de mots et de conscience, nous a rappelé quelques raisons essentielles pour lesquelles il fallait encore se lever et se battre, relançant la chanson avec un solo d’harmonica. Disons que l’influence de Bruce Springsteen et de Richard Séguin ne pouvait être plus perceptible qu’à ce moment. Nous n’étions qu’à la deuxième des 21 chansons proposées en quelque deux heures et nous avions déjà eu droit à un immense moment d’émotion.

Si Vallières a plaisanté en soulignant à quel point il avait été heureux d’être seul lors de sa précédente tournée, il est drôlement bien accompagné dans cette nouvelle mouture. Lorsque tes musiciens et musiciennes – André Papanicolaou, Salomé Leclerc, Amélie Mandeville et Jay Essiambre – sont, tous et toutes, des auteurs-compositeurs et interprètes, ça en dit long sur la qualité sur scène, ainsi que sur le pouvoir d’attraction de Vallières. Le groupe jouait avec tellement de justesse et de cohésion que, par moments, on avait l’impression de voir Vincent et ses All-Stars, comme le fait un certain Ringo… Le britannique, s’entend. Pas le Québécois…

André Papanicolaou, Vincent Vallières, Salomé Leclerc, Jay Essiambre et Amélie Mandeville. Photo courtoisie Rose Cormier.

Salomé Leclerc a été mise à contribution au plan vocal durant L’amour c’est pas fait pour les peureux et Amélie Mandeville est venue apporter son concours à une version dynamitée de OK on part. Et nous avions droit à bien plus que le groupe de base.

Vallières a fait part qu’il avait entendu quelqu’une chanter sa chanson Sarah en inuktitut. Et il a invité Beatrice Deer à venir la chanter avec lui… dans les deux langues. Un mariage improbable magnifiquement réussi et émouvant au possible.

Vallières a aussi permis à sa fille Lili -Rose de contribuer deux fois plutôt qu’une. Pour la toute récente Dessine-moi, durant le concert, et en interprétant Lili au rappel, avec sa fille et tous ses musiciens en bivouac près du piano. Beau moment.

Nous avons eu droit aussi à l’apport des cordes du Quatuor Esca pour la chanson d’amour à long terme qu’est On va s’aimer encore, ainsi que les nouvelles Les saisons, les secondes et Personne a raison. Jeu délicat ou mordant, cordes somptueuses. Un régal.

Vincent Vallières et le Quatuor Esca/Photo courtoisie Rose Cormier.

Entre sa première vraie chanson d’amour (Le repère tranquille), des titres à caractère social (Pas à vendre, Asbestos) et ses références au temps (Le temps passe, L’avenir est plus proche qu’avant), Vallières a su varier les rythmes et les ambiances et mettre ses chansons en contexte personnel ou historique, lui qui est devenu un maître conteur sur les planches, ce qui était moins vrai au tournant du dernier siècle.

L’homme, l’artiste, le père de famille a grandi, musicalement, socialement et humainement, au point qu’un concert comme celui qu’il propose désormais atteint un niveau d’excellence franchement exceptionnel.

Vincent Vallières Au travers de la route en tournée partout au Québec.

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