
Un artiste solo qui se présente en salle et un collectif de musiciens qui se produit devant plusieurs dizaines de milliers de personnes à l’extérieur n’ont peut-être pas, à priori, le même objectif, et pourtant, Laurent Voulzy et la bande de Kassav’ ont été tout autant rassembleurs, vendredi, en lever de rideau des Francos de Montréal.
Par Philippe Rezzonico
Voulzy, qui était au Théâtre Maisonneuve, s’est justement pointé seul sur scène avec sa guitare en interprétant Bubble Star, mais ses musiciens l’ont rejoint sur les planches pour compléter les harmonies avant de s’installer, avec leurs instruments.
Et là, tout d’un coup, dès la première chanson, nous étions déjà en mode bivouac intimiste et rassembleur, état de corps et d’esprit qui s’est poursuivi durant deux heures.

As de la mélodie, Voulzy est à Alain Souchon ce que les biscuits sont au lait : inséparables. Personne n’est tombé à la renverse lorsque Voulzy a parlé de la plus récente tournée de son pote avec ses fils, ce qui l’a incité à nous livrer de courts extraits de, notamment, Allo maman bobo, J’ai dix ans et Rame, des œuvres concoctées paroles/musique par le tandem Souchon/Voulzy. Ce dernier a ajouté au wagon de queue Foule sentimentale, – uniquement de Souchon – ce qui a été une autre occasion pour la foule acquise à l’artiste de participer.
En fait, c’était encore plus marqué que d’ordinaire. Généreux dans ses introductions qui nous révèlent des secrets d’inspiration et d’écriture, Voulzy est constamment en lien avec son public, au point qu’il abuse de cette manie d’éclairer la foule très – trop – souvent. Voulzy a même proposé un duo d »amoureux – avec sa conjointe Isaure Le Faou – de Somerset Maugham… d’Alain Souchon. Voulzy une voix légèrement amoindrie en regard de son plus récent passage, mais il est dans une fichue de belle forme à 77 ans.

Si nous avons droit à des incontournables de tendresse et de douceur comme Le cœur grenadine, Karin Redinger et Belle-Île-en-mer, Marie Galante (attendue au rappel), Voulzy a mis à profit son groupe pour des offrandes plus denses (Ma seule amour, basé sur un poème de Charles d’Orléans), dansantes (Cocktail chez mademoiselle) et même liés à aux racines de sa mère originaire de la Guadeloupe (Amélie Colbert).
Là, on avait un réel lien avec ce que Kassav’ offrait sur la grande scène des Francos, que nous sommes allés voir après l’incontournable Rockollection, dont les refrains collent encore au cœur et au corps.
La fête avec Kassav’
Afro-Beat, Americana, Blues, Calypso, Chanson française, Drum n’ Bass, Hip-hop, Jazz, Métal, Reggae, Rock and Roll, R&B, Opéra, Pop, Punk, Ska, Soul, Twist, Variétés… ah! Zouk! C’est là, tout à la fin.
C’est à peu près à cet endroit que se situe l’étendue de mes connaissances sur ce genre musical. En revanche, je sais reconnaître quand le choix de la tête d’affiche de la première soirée des Francos s’avère idéal. Et au terme d’une journée caliculaire, on ne pouvait trouver mieux que le collectif issu de la Guadeloupe.
Je n’ai vu que les 50 dernières minutes, mais le groupe né en 1979 dont la composition a forcément évolué avec le temps n’a pas fait dans la dentelle.

Aussi intergénérationnel que ses membres les plus vénérables – notamment Goerges Décimus, et Jocelyne Béroard -, aussi fringants que ses membres les plus jeunes, Kassav’ a proposé une déferlante de chants, de sons et de rythmes qui ont dynamisé l’immense foule qui réunissait toutes les communautés des Antilles de Montréal.
Signe qui ne trompe pas, ça dansait autant sur la terrasse du festival (médias, gens de l’industrie, invités) que sur le bitume. Le collectif de 14 musiciens qui n’avait pas mis les pieds en ville depuis une éternité a fait fort.
Échanges avec la foule qui répondait aux demandes participatives, cuivres explosifs, rythmes irrésistibles : ça ressemblait à un sans-faute en cette première soirée, finalement, rassembleuse au possible.