
Lorsqu’elle a mis en marché son album Reines, au début de 2023, Ingrid St-Pierre s’est payée la totale, rayon instrumentation : quatuor à cordes, vents, guitares, chorale. Puis, après une longue tournée avec son groupe, elle a offert une proposition scénique minimaliste.
Par Philippe Rezzonico
Ce concert, Ingrid St-Pierre seule au piano, qu’elle porte depuis longtemps, a probablement atteint un sommet, samedi, au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, lors des Francos de Montréal.
Comme des milliers d’admirateurs et d’admiratrices de l’autrice-compositrice et pianiste l’ont observé depuis longtemps, même dénudées, la puissance d’évocation des chansons de l’artiste et la beauté intrinsèque de son œuvre ne sont nullement amoindries dans un contexte épuré.
Excellente idée, d’entrée de jeu, d’amorcer la prestation avec La lumineuse (lettre à mon fils). Symbiose entre la composition de la chanson et l’ambiance qui régnait dans la salle, ou les lumières ne nous montraient que la pianiste. Et puis, ça permettait d’amener toute la famille dans l’aventure musicale.
Quand St-Pierre nous offre Je gaspille des ciels, nous avons l’impression de flotter avec elle, et c’est beaucoup en raison de son jeu, presque aérien, sur les ivoires.
Elle nous précise que dès qu’elle amorce Tokyo Jellybean, même si elle nous aime bien, elle s’envole «à des kilomètres» d’où elle se trouve. On peut la rassurer. Nous sommes partis avec elle. Instantanément.

Mères, une des chansons phares de Reines, disque résolument féministe pour les plus nobles des raisons – notamment, l’avenir de sa fille -, semblait tout droit sorti d’un récital de musique classique, telle une sonate de Chopin. D’une beauté à pleurer.
L’autrice-compositrice, qui a désormais 15 ans de carrière discographique, a parfaitement intégré des chansons chères à son public comme Petite fin du monde et Ficelles à son répertoire plus récent, et ça coulait de source sous les éclairages exceptionnels de Pascal Boily.
Entre son piano et son clavier, elle s’est même permise de délaisser ses instruments pour offrir Reines, sa chanson dénonciatrice du patriarcat, a cappella. Nous ne voyions qu’elle, avec ses deux luminaires qui perçaient la noirceur. Nous n’entendions qu’elle, tellement le moment semblait être figé dans le temps. Fa-bu-leux.

«Merci de faire vivre mes chansons chez vous», a-t-elle lancé à la foule en fin de programme.
A n’en pas douter, ce dernier concert de St-Pierre en solo a été émotif à plus d’un égard et l’artiste n’a pas tenté de cacher cet état d’esprit. Cela a rendu l’interprétation de L’éloge des dernières fois plus touchante que d’habitude.
Quand elle a reçu les salves d’applaudissements de la foule ravie, on l’a vu plusieurs fois essuyer ses larmes devant le torrent de bonheur.
Et elle n’était pas la seule à le faire dans la salle…