Bilan spectacles (1) : Dix messes musicales pour 2011

Prince aura joué durant plus de dix heures sur des scènes montréalaises cette année. Une paille. Photo d'archives. Courtoisie Pascal Ratthé.

Trois spectacles de Prince – quatre, en comptant son show privé au Newtown -, des doublés de U2, de Paul McCartney, d’Arcade Fire, de Bon Jovi, des Pixies… A bien y penser, résumer l’année spectacles 2011 tient beaucoup aux nombres de messes musicales vues ces 12 derniers mois.

Par Philippe Rezzonico

Oui, messes. Les rassemblements gigantesques, spectacles d’artistes mythiques, performances légendaires et marathons historiques semblaient avoir le même dénominateur commun.

Était-ce dû aux prix parfois prohibitifs des billets, à l’économie aussi chancelante que nos infrastructures, au sentiment de rage lié à la corruption généralisée dans nos sociétés ou aux printemps et automne de révolte observés dans le monde ? Je l’ignore. Mais rarement ai-je vu tant de gens assister à des spectacles avec le désir que le moment présent soit de l’ordre de l’instant culte, où artistes et public vivent et vibrent d’une seule et même voix.

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Dralion: le retour à l’essence du Cirque du Soleil

Le niveau de talent des acrobates du Cirque est encore et toujours phénoménal. Photo courtoisie Cirque du Soleil.

Au terme d’une année où l’on a appris qu’un spectacle du Cirque du Soleil allait quitter Las Vegas prématurément et qu’on en a vu un autre pas très concluant en première mondiale à Montréal, c’était un réel plaisir, lundi, au Centre Bell, de retrouver le Cirque dans son élément naturel avec Dralion.

Par Philippe Rezzonico

Ça peut sembler difficile à saisir pour ceux qui ont fait connaissance avec les productions du Cirque au cours de la dernière décennie – ici ou à Vegas -, mais il fut un temps où la troupe de Guy Laliberté créait une révolution de ce médium sous chapiteau en redéfinissant les bases de ce qu’allait être le cirque moderne.

Presque tout ce qui a fait la renommée du Cirque du Soleil se trouve dans ce Dralion né sous une grande tente qui est désormais présenté en amphithéâtre. On a conservé l’essence de la production originale en centrant presque toute l’action sur une scène circulaire qui offre un impeccable point de vue à tous les spectateurs.

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Karkwa, le terminus

Fin de parcours pour Louis-Jean Cormier et ses collègues de Karkwa. Photo d'archives. Courtoisie Alain Décarie.

Toute bonne chose a une fin, dit-on. Karkwa a pris les moyens samedi soir au Métropolis pour que le dernier spectacle de sa tournée Les chemins de verre soit à la hauteur de deux années de rêve. Et qui plus est, il a été gravé pour la postérité. Deux fois plutôt qu’une.

Par Philippe Rezzonico

Non seulement le groupe a enregistré la totalité de cette performance de près deux heures et demie pour les besoins d’un disque de spectacle à paraître en 2012, mais MusiquePlus a également filmé la prestation en vue d’une diffusion à être déterminée ultérieurement.

Les spectateurs qui se sont pointés dans la salle de la rue Sainte-Catherine savaient donc que c’était un grand soir en voyant les deux caméras fixes et la grande caméra télescopique installées au parterre, sans compter les micros accrochés aux balcons pour la captation.

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Vigilant Vincent Vallières

Vincent Vallières a conquis son auditoire avec son spectacle intimiste Au coin de la rue. Photo d'archives. Courtoisie Pascal Ratthé.

C’était bien et c’était bon. C’était Vincent Vallières, quoi. Et puis, vers le milieu de son splendide spectacle intimiste présenté vendredi à L’Astral, son musicien et ami, André Papanicolaou, a tiré sa révérence le temps de quelques chansons. Et là, on a découvert un nouveau Vallières.

Par Philippe Rezzonico

Vigilant, le Vincent. Il avait déjà le public dans sa petite poche depuis l’interprétation de Le temps est long, arrivée très tôt dans la soirée, qui a permis aux spectateurs de battre la mesure de cette chanson irrésistible.

Il avait charmé les fans de musique en nappant son Café lézard d’un harmonica déchirant et d’une guitare électrique qui semblait sortie d’une trame sonore d’Ennio Morricone.

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Malajube atteint sa vitesse de croisière

Julien Mineau - que l'on voit aux FrancoFolies - et ses collègues de Malajube ont bien intégré les chansons de La caverne à leur spectacle. Photo d'archives. Courtoisie Pascal Ratthé.

Le mois de décembre est celui des bilans de l’année pour les journalistes, peu importe le secteur d’activité de prédilection. Sauf que cette semaine, c’est également la semaine des bilans pour un trio de groupes qui défilent en cascade au Métropolis. Premier en lice mercredi soir : Malajube.

Par Philippe Rezzonico

Contrairement à Radio Radio, vendredi, et à Karkwa, samedi, dont les performances vont clore des cycles créatifs, Malajube n’en était pas au dernier spectacle de la tournée de son album La caverne, son disque n’étant paru qu’au printemps. Mais c’était une bonne occasion de mesurer le chemin parcouru depuis le spectacle-surprise vu à L’Astral, cet été, dans le cadre des FrancoFolies.

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Ah! Jane…

Birkin qui chante Gainsbourg. Une affaire qui ne date pas d'hier. Photo d'archives.

Depuis qu’elle interprète son Serge, Jane Birkin nous a offert Gainsbourg sous diverses formes. Cette fois, le spectacle s’intitulait Jane Birkin & Serge Gainsbourg via Japan en raison de la présence de musiciens nippons. Au final, on arrive chaque fois au même immuable constat. Sur scène, Jane ne vit que par procuration afin de faire vivre son Serge le plus longtemps possible. Et c’est exactement pour ça que l’on y retourne sans cesse…

Par Philippe Rezzonico

Bien sûr, il y a des tas de variantes. Jeudi, dans le Métropolis, nous avions quatre – excellents – musiciens japonais pour seconder Jane qui a conservé son aura d’ingénue même si elle comptera 65 printemps la semaine prochaine.

C’est lors d’un passage au pays du Soleil levant, après le tsunami et l’accident nucléaire, que Birkin s’est liée d’amitié avec les artistes locaux avec qui elle avait donné un concert-bénéfice. C’est là qu’a germé cette idée de tournée revisitée de l’œuvre de Gainsbarre avec des musiciens asiatiques.

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Le charme indéniable d’Ingrid St-Pierre

Ingrid St-Pierre a subjugué son auditoire, mercredi, à La Tulipe. Photo courtoisie.

Elle est haute comme trois pommes, possède une voix de petite fille et un sourire à faire chavirer les montages. Mais ne vous y trompez pas. Si les chansons d’Ingrid St-Pierre peuvent parfois être à l’image de sa personnalité enjouée, elle sait aussi toucher l’âme avec des compositions et des textes émouvants.

Par Philippe Rezzonico

Nous avons constamment oscillé entre ces deux pôles, mercredi, à La Tulipe, pour la rentrée montréalaise de la jeune chanteuse et pianiste. Mine de rien, la blonde artiste a bien plus de métier qu’elle n’en laisse paraître.

Elle nous raconte des anecdotes rigolotes et rocambolesques touchant sa nouvelle voiture qu’elle pensait vandalisée, sa « maladresse maladive » et sa collection de bibittes qu’elle « insère maintenant dans ses chansons », mais on réalise rapidement que toutes ses histoires débitées avec aplomb servent avantageusement la mise en scène.

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Bob Seger : Old Time performance

Bob Seger et son avalanche de succès ont fait vibrer la foule à Ottawa, mardi soir. Photo d'archives.

OTTAWA – Montréal a beau être une des dix villes les plus hip de la planète, dixit le New York Times, elle a parfois la fâcheuse habitude de battre froid certains grands du passé. Bob Seger, tiens.

Par Philippe Rezzonico

Plus de 50 millions de disques vendus et une douzaine de monuments qui tournent en rotation sur toutes les stations de rock classique de la planète n’y font rien. Bob, son dernier passage à Montréal remonte à une trentaine d’années. Dans un Forum pas plein.

Il n’est pas le seul, remarquez. Tom Petty et ses Heartbreakers ainsi que The Pretenders comptent parmi les oubliés de notre mémoire locale. Pas assez populaires auprès du public francophone et dont la masse critique d’amateurs anglophones n’est pas suffisante pour justifier une présence en aréna.

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Bon Iver: le moment de grâce

L'album éponyme de Bon Iver, paru cette année, qui fut le plat de résistance d'un spectacle mémorable, lundi, au Métropolis.

« C’est vraiment renversant », a lancé Justin Vernon, leader du groupe Bon Iver (prononcez bon hiver en français), au deux-tiers de sa performance, lundi, au Métropolis. De notre point de vue, on avait envie de répondre : « En effet ».

Par Philippe Rezzonico

Il s’est passé quelque chose d’exceptionnel dans la salle de la rue Sainte-Catherine : ce moment rarissime où un groupe n’est pas loin d’être touché par la grâce face à un public qui écoute sa musique avec une attention presque inimaginable de nos jours.

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Prince: sensationnel, mais pas légendaire

Prince, que l'on voit ici au Métropolis cet été, a offert une formidable performance au Centre Bell à laquelle il manquait le grain de folie et l'abandon vécu six mois plus tôt. Photo d'archives. Courtoisie Pascal Ratthé.

Nous n’avions aucune attente, l’été denier, en vue du programme double de Prince au Métropolis, lors du Festival de jazz. A l’arrivée : nous avons eu droit à des shows légendaires de quatre et trois heures et demie. Forcément, les attentes étaient colossales, vendredi, pour le retour de Prince au Centre Bell. Cette fois, le compteur s’est arrêté à deux heures et 20 minutes. Moins bon show ? Même pas. Partiellement notre faute. Cette fois, nous n’avons pas mérité le marathon.

Par Philippe Rezzonico

Il est comme ça, le prince. C’est un trippeux de musique. Il peut jouer jusqu’aux petites heures si ça lui chante – ce qu’il a fait les 25 et 26 juin en quittant la scène à 3h30 du matin chaque fois -, mais il faut qu’il sente que l’on vibre autant que lui. C’est de l’ordre du détail, je vous le concède. Mais ce sont ces nuances qui font qu’une performance dure trois heures plutôt que deux, qu’un artiste joue tel succès plutôt que tel autre. C’est donnant-donnant. Et vendredi, Prince a donné plus qu’il n’a reçu.

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